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6 articles taggés suspense

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Mystère, suspense et romantisme !

Chers amis, ce mois-ci, je vous propose un programme très spécial, puisque nous parlerons d'un sujet plutôt inhabituel, le mystère, le suspense et le romantisme ! Programme très spécial, en effet, car nous avons une occasion très spéciale à marquer : la sortie de l'album concept The Unforgiving de l'excellent groupe néerlandais Within Temptation, dont nous avons suivi la préparation sur les pages de ce blog.

 


Mystère, suspense et romantisme !

En général, on croit que les univers du romantisme et celui du polar et du thriller ne se rencontrent pas très souvent. Pourtant, à travers cet article et ceux qui vont suivre, je vais essayer de vous convaincre que le policier, le thriller et le roman noir ont des liens étroits avec le romantisme. Car, ce qui réunit tous ces genres littéraires, c'est avant tout le goût du mystère !

Perspective historique

Faisons maintenant un saut dans le temps à la recherche des origines du polar. Nos recherches aboutiront alors à Edgar Allan Poe, la figure clé du romantisme américain ! Le titre à retenir, en particulier, est Le Double Assassinat de la rue Morgue (1841). En France, on considère en général que le pionnier du polar était Émile Gaboriau, avec Affaire Lerouge (1866) et le Crime d'Orcival (1867). Mais souvenons-nous également de Balzac, dont certains romans préfigurent déjà le policier et le roman d'espionnage (je pense, notamment, à Une ténébreuse affaire (1841)).

Qu'en est-il d'Arthur Conan Doyle, le père du polar « analytique » ? Quelles étaient ses sources d'inspiration ? Est-ce une coïncidence si, dans les aventures de Sherlock Holmes et, en particulier, Le Chien des Baskerville, nous retrouvons tous les ingrédients du roman gothique (genre littéraire qui a donné naissance au mouvement romantique au XIXe siècle) : ambiance lugubre et mystérieuse, sombre manoir, créature surnaturelle qui hante la région...

Et que dire de Fantômas, l'archétype du génie du mal qui a tant influencé la culture populaire du XXe siècle, né sous la plume de Marcel Allain et Pierre Souvestre ? Remarquez, de nouveau, cette référence au fantôme, au revenant, si caractéristique du romantisme sombre. Dans un style un peu différent, évoquons également Le Fantôme de l'Opéra de Gaston Leroux (1910), qui n'est pas un polar à proprement parler, mais qui, par certains aspects, préfigure déjà le roman à suspense actuel.

Le roman noir et le thriller (ou roman à suspense), sous-genres très féconds du polar « classique », apparaissent dans les années 50-60, fruits du mal et de la désillusion dont souffre la société moderne. Le roman noir insiste non plus sur la démarche intellectuelle que l'investigateur doit suivre afin de résoudre une enquête policière, mais sur les aspects sociaux qui entourent le crime, ainsi que sur les aspects psychologiques qui poussent le criminel à l'action. Le thriller, comme son nom l'indique, cherche avant tout à créer la tension, le suspense, et, en ce sens, rejoint parfois le roman d'aventures ou d'espionnage.

Existe-t-il un rapport entre le roman noir, le thriller et le romantisme ? Encore une fois, la réponse est positive, car le mal social est également l'un des thèmes fondamentaux du romantisme, comme nous allons le voir lorsque nous parlerons du thème de la révolte et de la liberté. Dois-je rappeler les Misérables de Victor Hugo, les romans de Balzac, de Stendhal ou de Dostoïevski ? Tenez, Crime et châtiment, par exemple, n'est-ce pas l'un des précurseurs du roman noir ? Et, dans le domaine de la poésie, nous retrouvons Baudelaire, bien sûr, avec les Fleurs du Mal et Les Paradis artificiels. Le thème de la drogue et de la dépendance, comme on le sait, est également très présent dans le roman noir.

Romantisme noir dans les thrillers modernes

Loin de moi l'idée d'analyser tous les policiers, thrillers et romans noirs qui se sont inspirés plus ou moins directement du roman gothique et du romantisme noir, il y aurait de quoi écrire une thèse. Les sous-genres littéraires où ces influences sont les plus flagrantes sont peut-être le thriller fantastique et le thriller historico-ésotérique. Les ambiances de ces livres sont, en général, assez sombres, les personnages inquiétants, et les décors ressemblent à s'y méprendre à ceux des romans gothiques : cathédrales, vieux manoirs ou châteaux, catacombes, cryptes et j'en passe.

Dans les articles suivants, nous verrons quelques exemples concrets, mais mentionnons tout de suite les ½uvres du romancier français contemporain Maxime Chattam, comme ceux de La Trilogie du mal, par exemple.

The Unforgiving

Décor en noir et blanc. Silence total. Une chambre de morgue, éclairée par une froide lumière artificielle. Le corps d'une jeune femme git, recouvert d'un linceul. Les portes s'ouvrent, livrant passage à une femme âgée qui se déplace dans un fauteuil roulant. Sa main noueuse se pose sur celle de la défunte et l'agrippe fermement. Alors, le corps tout entier de cette dernière est agité de convulsions. Explosion d'énergie — les objets volent à travers la pièce, comme propulsés par une onde de choc. Soudain, la jeune femme se redresse, revenue à la vie. Une seconde chance lui est offerte, une chance de rédemption.

 


Mystère, suspense et romantisme !

The Unforgiving est à la fois le titre d'une BD de Steven O'Connell (auteur) et Romano Molenaar (dessinateur) ainsi que celui du dernier album du groupe néerlandais Within Temptation (lire la chronique complète de l'album). L'ambiance de ce thriller fantastique rappelle quelque peu celle de The Crow (BD de James O'Barr, 1989 et film réalisé en 1994) car, là aussi, le surnaturel intervient dans la vie de la jungle urbaine pour châtier les criminels. Cependant, il existe une différence de taille entre les deux histoires, puisque l'héroïne de The Unforgiving est elle-même une ancienne criminelle. Ce n'est donc pas une histoire de vengeance, comme dans The Crow, mais plutôt celle de rédemption.

Les références au romantisme noir sont nombreuses dans The Unforgiving, aussi bien dans la BD que dans l'album musical de Within Temptation. Le concept de l'album est expliqué plus en détail ici.

Articles associés


Littérature :
---> Umberto Eco — Le Cimetiere de Prague
----> Michael Connelly
-----> Maxime Chattam
 
Poème :
---> Charles Baudelaire - Obsession

Cinéma :
---> Mystère, suspense et romantisme noir : cinéma

Musique :
---> The Unforgiving de Within Temptation – chronique
Tags : romantisme noir, histoire, Moyen Âge, Renaissance, XIXe siècle, Inquisition, poésie, Charles Baudelaire, littérature, fantastique, Edgar Poe, Balzac, Stendhal, Victor Hugo, Dostoïevski, musique, Within Temptation, gothique, société, Les Lumières de Lucifer, suspense
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#Posté le samedi 26 mars 2011 14:58

Modifié le lundi 25 février 2013 16:39

Umberto Eco — Le Cimetiere de Prague

Décidément, ce mois-ci, nous sommes comblés. Il est là — enfin ! — disponible dans toutes les librairies dignes de ce nom, le dernier roman de mon auteur modèle, ai-je besoin de le présenter, Umberto Eco !

Umberto Eco — Le Cimetiere de PragueCe philosophe et romancier italien est surtout connu pour son polar historique, Le Nom de la rose, ainsi que son thriller Le Pendule de Foucault. ¼uvres magistrales que je recommande, bien évidemment, mais, aujourd'hui, parlons de son dernier roman dont la traduction en français vient juste de paraître : Le Cimetière de Prague.

Le titre annonce déjà la couleur : c'est un roman historique noir. Umberto Eco signe là son roman le plus sulfureux, puisqu'il met en scène un personnage machiavélique, Simon Simonini, antisémite, faussaire, conspirateur, et j'en passe. C'est l'occasion pour le romancier de revenir sur l'un des documents les plus controversés de l'histoire occidentale, appelé les Protocoles des sages de Sion, qu'il avait déjà mentionné brièvement dans Le Pendule de Foucault. Au crépuscule du XIXe siècle, l'intrigue du roman conduit le très antipathique personnage principal à voyager à travers une Europe en pleine effervescence. Amateurs du mystère, du macabre et des complots, vous allez être servis !

Simon Simonini, le Diable en personne ? En tout cas, il semble haïr le monde entier. Pour quelle raison Eco aurait cherché à créer un personnage tellement exécrable qu'il en devient presque caricatural ? L'auteur explique que, à travers ce roman, il a cherché à «comprendre comment fonctionne le mécanisme de la haine. » Voici un sujet qui préoccupe notre espèce depuis la plus haute antiquité, et qui semble aussi actuel au XXIe siècle qu'il l'était à l'époque de Moïse.

C'est probablement la raison pour laquelle Le Cimetière de Prague a provoqué autant de polémiques et a valu des critiques, parfois véhémentes, à son auteur. Il lui a été reproché d'avoir rendu les frontières entre les faits et la fiction délibérément floues. On l'a même accusé d'antisémitisme, alors que le livre, au contraire, dénonce toutes les discriminations, en les ridiculisant.

Personnellement, ce que j'ai toujours admiré chez Eco, c'est son intégrité. Les intrigues de ces romans reposent sur des faits historiques ou, du moins, une certaine vision de ces faits, une vision fondée sur une impressionnante érudition. Maintenant, il faut quand même rappeler la différence fondamentale entre une étude historique et un roman : ce dernier est avant tout une ½uvre de fiction ! Il est donc tout à fait logique de retrouver des éléments imaginaires, même dans un roman historique, à côté des éléments factuels. L'important, c'est que le récit provoque la réflexion, et, de ce point de vue, les romans d'Umberto Eco ne nous ont jamais déçus !
 

Aden A.
Tags : littérature, roman, Umberto Eco, romantisme noir, histoire, XIXe siècle, suspense
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#Posté le vendredi 01 avril 2011 17:13

Modifié le lundi 20 mai 2013 14:31

Les maitres du suspense (1) : Michael Connelly

Les maitres du suspense (1) : Michael ConnellyMichael Connelly est l'un de mes auteurs de thrillers noirs préférés. Né en 1956 à Philadelphie, journaliste de profession, il est bien placé pour parler de la société américaine, lui qui a suivi son évolution pendant un demi-siècle. Journaliste pour Los Angeles Times, il a réalisé, notamment, des reportages sur les émeutes de Los Angeles en 1992 récompensés par le Prix Pulitzer.
 
Dans ses romans, Connelly met en scène une Amérique en pleine mutation, en proie à ses paradoxes. Ses personnages sont plus vrais que nature, complexes, intéressants sur le plan psychologique, non manichéens. Psychologie, enquête et action se combinent dans ses romans d'une manière organique, le tout étant prenant, crédible et même émouvant, par moments.
 
Le personnage le plus marquant né sous la plume de l'écrivain est sans doute l'inspecteur de police de Los Angeles Harry Bosch. Nous le suivons tout d'abord dans une aventure qui le mènera dans les Égouts de Los Angeles (1993), où il enquêtera sur la mort de l'un de ses anciens compagnons de guerre de Viêt Nam. Nous découvrons un personnage complexe, solitaire, hanté par son passé. Fils d'une prostituée, il est marqué psychologiquement par une enfance et adolescence difficiles, Les maitres du suspense (1) : Michael Connellypar le traumatisme dû à son service militaire et par l'atrocité des crimes sur lesquels il a enquêté. Mais voici qu'il rencontre une âme s½ur, Eleanor Wish. Comme lui, elle est enquêtrice. Comme lui, elle souffre de sa solitude. Comme lui, elle doit faire face à ses démons.
 
Le prénom véritable du héros connellien est Hieronymus (Harry n'étant qu'une abréviation) en hommage au peintre néerlandais du XVIe siècle Hieronymus van Aken (connu sous le pseudonyme de Jérôme Bosch). Un nom très significatif sur le plan symbolique, puisque l'art de Jérôme Bosch mêlait métaphysique et réflexion sur la morale. D'ailleurs, ces peintures contiennent des références à la philosophie hermétique (dont nous parlerons plus en détail dans les articles suivants) et à l'alchimie.
 
Un choix symbolique, en effet, puisque le Los Angeles de Connelly est pareil à un tableau de cet illustre précurseur du surréalisme : c'est une scène sur laquelle s'affront sans répit les forces du Paradis et ceux des Enfers pour le contrôle des âmes humaines, au sens figuré du terme, bien sûr. Les maitres du suspense (1) : Michael ConnellyC'est un combat permanent contre les forces qui menacent de plonger la civilisation dans l'abîme : crime organisé (La Glace noire), déchéance morale qui fait naître des pulsions meurtrières (La Blonde en béton, Los Angeles River), haine raciale (L'Envol des anges) et bien d'autres.
 
À travers ses romans, Connelly aborde donc les maux de la société moderne : crime, corruption, brutalité policière, inégalités sociales, tensions ethniques, trafic de drogue, pornographie, pédophilie, prostitution... Cependant, au milieu de toute cette noirceur, il y a aussi ceux qui refusent de céder à la morosité ambiante, ceux qui se battent pour la justice, conservent leur dignité, leur humanité. Il y a Harry Bosch, bien sûr, mais aussi Terry McCaleb, ex-agent du FBI qui apparait dans Créance de sang, L'Oiseau des ténèbres et Los Angeles River. McCaleb a été interprété par Clint Eastwood dans l'adaptation cinématographique du roman Créance de sang.
 
Les frontières entre la loi et le crime, entre le légal et l'illégal ne sont pas imperméables, et les héros connelliens les franchissent, parfois, dans un sens ou un autre. C'est le cas d'Eleanor Wish, mais également de Cassie Black, l'héroïne de La Lune était noire. Un très beau thriller qui nous plonge dans l'univers des casinos de Las Vegas, bienvenue dans l'antre de Mammon !
 
Les maitres du suspense (1) : Michael ConnellyMais le roman qui contient la référence la plus directe au romantisme sombre, c'est Le Poète. Le journaliste Jack McEvoy enquête sur la mort de son frère jumeau, un policier qui se serait suicidé. Il réalise alors que son frère n'était pas le seul flic à s'être donné la mort dans des circonstances suspectes. Sur les lieux des différents "suicides" on a retrouvé des phrases énigmatiques, des vers tirés de différents poèmes d'Edgar Allan Poe. Il faut se rendre à l'évidence : c'est l'½uvre d'un redoutable tueur en série, surnommé Le Poète.

En conclusion, incontestablement, Michael Connelly est l'un des ténors du thriller noir, maîtrisant tous les aspects du genre : connaissance de la criminologie et du système judiciaire américain, connaissance des réalités et paradoxes de la société américaine, des intrigues à rebondissements, des personnages complexes et attachants, et même un zeste de poésie. Pour les amateurs du genre, je recommande de commencer par Les Égouts de Los Angeles, La Glace noire et L'Envol des anges.
Tags : littérature, hermétisme, alchimie, Jérôme Bosch, Michael Connelly, suspense
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#Posté le samedi 23 avril 2011 05:50

Modifié le lundi 20 mai 2013 14:31

Mystère, suspense et romantisme noir : cinéma

Dans cet article, je vais me limiter volontairement à cinq films, mais il y en a beaucoup d'autres, bien sûr. Le choix des films a été basé sur les critères suivants : présence d'une enquête, et donc d'un mystère que le héros principal doit élucider, un suspense permanent, ainsi que des références aux thèmes du romantisme sombre.
 
Sleepy Hollow (1999) de Tim Burton avec Johnny Depp et Christina Ricci
 
Mystère, suspense et romantisme noir : cinémaCommençons par un film qui illustre parfaitement notre propos, puisqu'il combine tous les éléments dont nous parlons dans le dossier de ce mois : une série de crimes, une enquête, un mystère, l'intervention du surnaturel et de nombreuses références au romantisme sombre.
 
Déjà, l'époque à laquelle se déroule l'intrigue ne pouvait être plus symbolique : 1799, la transition entre le XVIIIe et le XIXe siècle, l'âge d'or du roman gothique. Sleepy Hollow, ou La Légende du cavalier sans tête, est une adaptation cinématographique de la nouvelle de Washington Irving, La Légende de Sleepy Hollow (1819). L'inspecteur new-yorkais Ichabod Crane (Johnny Depp) est envoyé dans le village de Sleepy Hollow pour enquêter sur un double meurtre. D'après les villageois, les victimes ont été décapitées par une créature surnaturelle, un cavalier sans tête revenu d'entre les morts. Une jeune femme, Katrina Van Tassel (Christina Ricci), se retrouve au c½ur d'un sombre complot, en est-elle l'instigatrice, ou bien l'une des victimes ? Sorcellerie, nécromancie, suspense, combats à l'épée, courses poursuites, les amateurs d'action et du fantastique sombre seront gâtés !
 
Mon avis : un thriller fantastique très bien réalisé, mais dont l'intrigue policière est assez légère. Le succès du film tient essentiellement sur la brillante performance de Johnny Depp, une tension qui ne se relâche à aucun moment et les omniprésents décors lugubres et mystérieux.
 
Angel Heart (1987) d'Alan Parker avec Mickey Rourke et Robert De Niro
 
Mystère, suspense et romantisme noir : cinémaFilm noir adapté d'après le roman Falling Angel de William Hjortsberg.
 
Amérique des années 1950. Harry Angel (Mickey Rourke), détective privé à la petite semaine, est engagé par un mystérieux personnage du nom de Louis Cyphre (Robert De Niro) afin de retrouver un ancien crooner disparu douze ans plus tôt. Angel accepte le travail, mais regrette vite cette décision, lorsque l'un des témoins qu'il interroge est assassiné. Il veut arrêter l'enquête, mais son employeur lui offre une somme d'argent à laquelle le détective privé ne peut résister. Ainsi, il continue son investigation, mais tous ceux qu'il interroge finissent par être assassinés. L'intrigue culmine avec sa rencontre avec une jeune métisse qui, comme Angel le constate de ses propres yeux, pratique le vaudou.
 
Mon avis : un film réalisé dans les règles de l'art, un fascinant voyage dans l'Amérique des années 50. La performance de Robert De Niro est bluffante. Un bémol, cependant : je n'ai pas spécialement apprécié la fin, inattendue, certes, mais qui fait basculer l'intrigue dans le paranormal, l'éloignant de l'aspect psychologique et social.
 
The Crow (1994) d'Alex Proyas avec Brandon Lee
 
Mystère, suspense et romantisme noir : cinémaUn film réalisé d'après la BD éponyme de James O'Barr (1989). Eric Draven (Brandon Lee), guitariste de rock, de même que sa fiancée Shelly (Sofia Shinas), sont tués par un gang qui terrorise la ville pendant la nuit appelée Devil's Night. Un an après sa mort, un corbeau apparaît sur la tombe d'Eric et le ramène à la vie. Guidé par cet oiseau surnaturel, Eric part à la recherche des membres du gang pour se venger.
 
Brandon Lee (fils de Bruce Lee) a été victime d'un accident mortel durant le tournage : il a été tué par un pistolet qui contenait de vraies balles au lieu de balles à blanc. Les scènes manquantes ont donc été réalisées sans lui. The Crow est devenu un film culte pour les amateurs de la culture gothique, notamment en raison de nombreuses références à la darkwave et au rock gothique des années 80. Il a été suivi par deux autres films, City of Angels et Salvation, ainsi qu'une série télé, Stairway to Heaven.
 
Mon avis : il s'agit avant tout d'un film d'action dans la pure tradition du cinéma américain. Beaucoup de violence, donc, avec une intrigue assez simple, voire simpliste, mais là n'est pas le point fort du film. L'accent est mis avant tout sur une certaine esthétique et sur l'aspect émotionnel, le deuil de la perte.
 
From Hell (2001) d'Albert et Allen Hughes avec Johnny Depp et Heather Graham
 
Mystère, suspense et romantisme noir : cinémaDécidément, Johnny Depp aime bien les ambiances sombres ! Nous le retrouvons ici dans un film très « atmosphérique » qui nous plonge dans les méandres des ruelles obscures de Londres à l'époque victorienne. Il s'agit encore d'une adaptation d'une BD au cinéma, celle d'Alan Moore et Eddie Campbell.
 
L'agent de Scotland Yard, l'inspecteur Frederick Abberline, est chargé d'une enquête sur un tueur en série qui assassine et dissèque les cadavres de ses victimes, choisies exclusivement parmi les prostituées. Ce boucher n'est autre que Jack l'Éventreur ! Cependant, l'enquête policière n'est ici qu'un prétexte d'évoquer la vie dans la société victorienne. Le spleen, la drogue, la misère, la place de la femme sont autant de sujets qui apparaissent en filigrane à travers tout le film.
 
Mon avis : un film noir et poétique qui évoque les ½uvres de Baudelaire (je pense, notamment, aux Paradis artificiels). L'ambiance est sombre et menaçante à souhait, créé grâce aux décors et la musique. Johnny Depp est magnifique, comme toujours.
 
Constantine (2005) de Francis Lawrence avec Keanu Reeves
 
Mystère, suspense et romantisme noir : cinémaUn film fantastique basé sur la BD Hellblazer. John Constantine est un détective d'un genre très spécial. Sa spécialité, c'est la chasse aux démons. Rien que ça !
 
Constantine est humain, mais il est également un agent dans la lutte sans merci que se livrent les puissances du Paradis et des Enfers, utilisant la Terre comme champ de bataille. Cependant, ce détective atypique est lui-même habité par un démon, celui de l'accoutumance à la nicotine. Blasé et nihiliste, il vit dans la solitude, la fumée du tabac pour seul compagnon. Tout change, cependant, lorsqu'une jeune femme, Angela Dodson (Rachel Weisz), qui est inspecteur de police, demande son aide pour investiguer le suicide de sa s½ur jumelle. Ce que Constantine ignore encore, c'est que cette aventure le mènera à affronter le fils de Satan en personne...
 
Mon avis : ce film a été présenté par certains critiques comme une énième superproduction hollywoodienne où tout est dans les effets spéciaux, et rien dans le scénario. Pour une fois, je ne suis pas d'accord. L'intrigue n'est pas terriblement originale, peut-être, mais les personnages ne sont pas inintéressants et le jeu d'acteur est convaincant. Le côté dramatique est là, et les effets spéciaux sont littéralement dantesques, c'est le cas de le dire !
Tags : cinéma, romantisme noir, gothique, XIXe siècle, fantastique, société, suspense
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#Posté le vendredi 15 avril 2011 17:41

Modifié le lundi 20 mai 2013 14:31

Les Maitres du suspense (2) : Maxime Chattam

Ce jeune romancier français, né en 1976, est surtout connu pour sa Trilogie du mal (L'Âme du mal, In Tenebris et Maléfices), Le Cycle de l'homme (Les Arcanes du chaos, Prédateurs et La Théorie Gaïa) et le cycle de l'Autre-Monde (L'Alliance des Trois, Malronce et Le C½ur de la Terre).

Les Maitres du suspense (2) : Maxime ChattamAujourd'hui, parlons du premier roman de la Trilogie du mal, L'Âme du mal, pour lequel l'auteur a reçu le Grand Prix Sang d'Encre en 2002. L'action de ce thriller noir se déroule à Portland dans l'Oregon. Joshua Brolin, jeune inspecteur de police, enquête sur les crimes commis par un tueur en série surnommé le Boucher de Portland. Ce dernier a la particularité de couper les bras de ses victimes et de les défigurer à l'acide. L'inspecteur retrouve le coupable et l'abat d'une balle dans la tête juste au moment où celui-ci s'apprête à sectionner les bras de sa nouvelle victime, la jeune et jolie Juliette Lafayette.

Mais voici qu'un an plus tard, jour pour jour, un nouveau cadavre est retrouvé. Le modus operandi du tueur est exactement identique à celui du Boucher de Portland, comme si ce dernier s'était relevé de sa tombe pour sévir de nouveau ! Joshua Brolin apprend que celui-ci s'intéressait à la sorcellerie et croyait avoir conclu un pacte avec le Diable lui garantissant l'immortalité... A propos, vous serez probablement intéressés de (re)lire l'un de mes articles précédents sur l'origine du mythe sur les vampires. J'en dis pas plus, vous comprendrez pourquoi.

Mon avis : Chattam a du talent, c'est indéniable. Il sait créer un capital de sympathie pour ses personnages chez le lecteur, et il exploite ce capital avec brio. Rien à dire, les personnages sont attachants, voire touchants. Le style de l'auteur est agréable et même poétique par moments, mais il y a aussi des passages que certains qualifieraient de trop "gore". Par exemple, l'auteur consacre plusieurs pages à une description minutieuse de l'autopsie de l'une des victimes, avec tous les détails anatomiques explicitement décrits. Aussi, il nous fournit quantité d'éléments de l'enquête et de réflexions criminologiques, ce qui peut intéresser les inconditionnels du polar mais, en même temps, ralentit le récit. Ceci étant dit, le rythme du roman est assez rapide et les rebondissements nombreux, on n'a donc pas le temps de s'ennuyer !
 
Tags : littérature, Maxime Chattam, suspense
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#Posté le vendredi 29 avril 2011 17:38

Modifié le lundi 20 mai 2013 14:31

Mort d'Oussama Ben Laden : la fin du "grand Satan" ?

Je m'étais juré de ne jamais parler politique sur ce blog, mais les évènements récents entourant la mort d'Oussama Ben Laden sont simplement trop significatifs pour être ignorés. Pour certains, le numéro 1 d'Al-Qaïda était l'incarnation de Satan en personne, la matérialisation du Mal sur Terre. Cet article servira donc de transition entre le sujet du mois précédent et celui dont nous parlerons ce mois-ci : les origines du Mal.
 
Mort d’Oussama Ben Laden : la fin du "grand Satan" ? 
Un scénario digne d'une grande production hollywoodienne
 
C'est officiel – Oussama Ben Laden, l'homme le plus recherché de la planète, a été abattu le 2 mai 2011 par un commando américain. Les évènements se seraient déroulés comme dans un film d'action hollywoodien : une longue traque à l'homme, l'intervention d'un commando de la Navy, une résistance acharnée de la part des fanatiques qui sont restés fidèles à leur leader jusqu'à la fin... L'histoire s'achève avec la ô combien classique scène de prise d'otage où le vilain suprême utilise une femme comme bouclier humain. Mais les valeureux combattants de la liberté logent deux balles dans la tête de l'ennemi public numéro 1 (zigouillant aussi l'otage, mais c'est un point de détail sur lequel l'histoire ne reviendra pas).
 
Et la planète jubile : « Le monde est plus sûr, c'est un endroit meilleur après la mort d'Oussama Ben Laden », se félicite le président de la première puissance mondiale et lauréat du Prix Nobel de la paix, Barack Obama.
 
Nous avons droit à un parfait scénario rédigé dans les règles de l'art et comportant tous les clichés du thriller à l'américaine, avec un happy end qui plonge le monde dans un état de pure extase. « Dans la soirée, M. Obama a appelé les élus américains à se servir de la mort de Ben Laden pour surmonter leurs différends et raviver l'unité qui avait prévalu juste après les attentats. »*
 
Comme dans tout thriller à succès qui se respecte, la suite est déjà prévue : « Le principal conseiller du président Obama pour l'antiterrorisme, John Brennan, a assuré que les États-Unis "enterreront" Al-Qaïda comme ils ont éliminé Ben Laden. »* (Source :
http://www.20minutes.fr/article/717181/monde-mort-ben-laden-communaute-internationale-qui-vive)
 
Traduction : la chasse à l'homme continuera, jusqu'à ce que tous les membres ce cette organisation aussi terrifiante que nébuleuse soient éliminés, rejoignant ainsi leur leader dans sa tombe aquatique. Les services secrets américains étant les seuls à déterminer l'appartenance à cette organisation de tel ou tel individu, bien évidemment.
 
Loué soit Dieu, le « grand Satan » n'est plus ! Cependant, les clameurs de la foule ne se sont pas encore tues que déjà la sédition s'exprime par la voix de quelques trouble-fête : « justice a-t-elle vraiment été rendue » ? Ces juristes se feraient-ils les avocats du Diable ?
 
La véritable signification de la mort de Ben Laden
 
Certains évènements médiatiques forment des points de repère qui indiquent les tournants majeurs de l'histoire. Après la chute du mur de Berlin, nous espérions entrer dans une nouvelle ère. Pour la première fois de l'histoire de notre espèce, l'humanité semblait enfin réunie autour d'idéaux communs qu'étaient la paix, la liberté, la coopération internationale et le progrès.
 
Hélas, l'euphorie n'a pas duré très longtemps. De nouvelles lignes de fracture politico-socioculturelles sont apparues, les tensions ethniques et religieuses se sont intensifiées, le tissu social continuait à se dégrader, alors que les problèmes écologiques à l'échelle planétaire se posaient d'une manière de plus en plus aiguë.
 
Le troisième millénaire nous a accueillis de la manière la plus sinistre qui soit – par les attentats du 11 septembre. Dès lors, le ton était donné. Désormais, l'accent étant mis sur la sécurité, certaines libertés que l'on croyait fondamentales ont été abolies sous ce prétexte. La Déclaration universelle des droits de l'homme est devenue un document vide de sens. Doit-on rappeler l'Article 10, par exemple : « Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial » ? Quelle signification ces mots pouvaient-ils avoir, alors que la détention arbitraire et même la torture étaient devenues « acceptables » ?
 
Les festivités provoquées par la mort de Ben Laden marquent une nouvelle étape dans cette évolution. Il est devenu de bon ton de fêter la mort de ses ennemis, comme on le faisait au temps des Siècles obscurs. D'une manière troublante, tout cela nous rappelle la fiction orwellienne. Relisons 1984. Les dirigeants d'Al-Qaïda ont commis des crimes contre l'humanité, ne devraient-ils pas être jugés lors d'un procès public, comme l'ont été les criminels de guerre nazis ? Le terrorisme est le mal de notre siècle. Mais un mal pourrait-il en cacher un autre ?
 
L'ancienne question du Mal qui se pose à l'humanité depuis l'Antiquité prend de nouveau tout son sens, et nous n'avons pas plus de réponses à cette question aujourd'hui qu'il y a deux mille ans. Alors, on se réfugie dans le déni, ou bien on recherche le salut à travers les religions, les cultes, les "fraternités", pour ne pas dire sectes. Mais comment fuir le Mal, l'Adversaire, le grand illusionniste, celui qui nous guette, qui nous regarde à travers le miroir ?
 
Dans les articles suivants, nous parlerons des origines du Mal tel que ce concept a été vu par les peuples de l'Antiquité et du Moyen-Âge, pour aborder ensuite la manière dont ce thème a été traité dans la littérature et la poésie. Un mois bien sombre en perspective, mais restez à l'écoute, il risque aussi d'être riche en surprises !
Tags : histoire, société, liberté, littérature, suspense
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#Posté le mardi 03 mai 2011 18:05

Modifié le jeudi 04 avril 2013 16:56

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