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Des poèmes et des ombres

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8 articles taggés XIXe siècle

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Vampires : entre mythe et réalité, les scientifiques enquêtent

Les vampires... Ces créatures terrifiantes qui hantent l'imaginaire populaire depuis des siècles ! Ce sont les écrivains du début du XIXe siècle, comme John Polidori, qui ont été les premiers à mettre en scène ces créatures de cauchemar dans leurs romans (par exemple, Le Vampyre, 1819), contribuant ainsi à créer l'archétype que nous connaissons aujourd'hui. Le roman de vampires le plus célèbre est sans doute Dracula de Bram Stoker (1897). Mais alors, les vampires sont-ils issus de l'imagination fertile des écrivains du XIXe siècle ? Ou bien, existe-t-il des preuves de leur existence réelle ?

 
Vampires : entre mythe et réalité, les scientifiques enquêtent
À Venise, dans une tombe datant du XVIe siècle, les chercheurs ont récemment découvert un crâne présentant une caractéristique des plus inhabituelles : une pierre rectangulaire a été enfoncée dans la bouche du mort !

Vampires : entre mythe et réalité, les scientifiques enquêtent

Pour un historien, ce détail est très significatif, car il indique que le corps auquel ce crâne appartenait a été soumis à un rituel destiné à détruire un vampire ! Même si le mot « vampire » n'est apparu qu'au XVIIIe siècle, les sources historiques indiquent que les gens croyaient en l'existence de créatures mort-vivantes qui se nourrissaient de la chair des vivants depuis le Moyen-âge.

À qui appartenait donc le crâne retrouvé dans la tombe vénitienne ? Une étude scientifique a été menée et, ô surprise ! Le crâne appartenait à une femme ! De plus, ce n'était pas une noble, mais plutôt une femme issue des couches sociales inférieures. Nous sommes loin du cliché de vampire établi par les auteurs de romans gothiques du XIXe siècle !

Tout s'explique lorsqu'on comprend que, au XVIe siècle, les gens associaient le vampirisme avec la sorcellerie. Pour quelle raison brulait-on les sorcières ? Pour les empêcher de se transformer en créatures mort-vivantes après leur trépas, justement. La croyance populaire était que les sorcières étaient capables de tricher avec la mort elle-même et revenir de l'au-delà sous forme de mort-vivants.

D'où venait donc cette croyance ? D'une méconnaissance du processus de décomposition naturelle des corps, principalement. Les gens prenaient certains signes de décomposition pour ce qu'ils n'étaient pas, à savoir, des évidences que le corps était encore animé d'une sorte d'énergie vitale, qu'il vivait encore, d'une certaine façon. Cependant, la science moderne peut aisément expliquer tous ces phénomènes.

La croyance en vampires et morts-vivants en général n'était donc que pure superstition ? Comment pouvons-nous en être certains ? Cette légende n'a pas été inventée par les écrivains du XIXe siècle, puisqu'elle existait des siècles avant eux. Ils n'ont fait que la transformer en lui donnant un caractère plus romantique et romanesque. D'ailleurs, certains personnages ayant inspiré les romans de vampires ont réellement existé. Il faudrait que je vous raconte ça dans un article séparé, mais Dracula était un personnage historique tout à fait réel.

En fait, c'est la terreur devant la mort qui a engendré la légende des vampires. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a quelque chose derrière cette légende. Non pas une vérité littérale, bien sûr, mais une réflexion sur la condition humaine. Une réflexion sur ce que nous sommes, sur ce que nous souhaitons devenir, et ce que nous pouvons devenir, sans, parfois, le vouloir. Toute légende contient une graine de vérité.

Pour moi, le vampire reste une créature qui appartient au royaume du romantisme sombre. C'est une figure profondément tragique, et elle continuera à inspirer nombre d'½uvres littéraires, musicales et cinématographiques, poursuivant, ainsi, son existence immortelle à travers les siècles.
Episode suivant : Le Dracula historique et le pacte avec le Diable...
Tags : histoire, Moyen Âge, Renaissance, XIXe siècle, magie, littérature, fantastique, vampires, Bram Stoker, romantisme noir, société, mythologie
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#Posté le dimanche 31 octobre 2010 20:16

Modifié le lundi 25 février 2013 16:35

Amour romantique

À l'occasion de la fête de Saint Valentin, parlons de la forme d'amour la plus profonde, la plus envoûtante, la plus mystérieuse, la plus irrésistible : l'amour romantique.

 


Amour romantique


L'amour romantique est bien différent du simple désir physique, et il est également à l'opposé de ce qu'on appelle "l'amour intéressé". Dans le théâtre et la littérature, il est souvent associé avec le thème de l'amour impossible. Nous voilà face à un paradoxe : comment un sentiment aussi naturel que l'amour puisse-t-il être "impossible" ? Il n'est rendu impossible que par le carcan de certaines règles sociales, parfois totalement arbitraires et absurdes, qui sont autant d'obstacles sur le chemin du bonheur. Le thème de l'amour romantique est donc étroitement lié à celui de la liberté.
 
L'histoire de l'amour romantique
 
Bien souvent, nos ancêtres n'étaient pas libres de choisir l'amour de leur vie, car, dans la plupart des cas, les mariages étaient arrangés. Mais alors, y avait-il une place pour l'amour romantique dans les sociétés des siècles passés ? Heureusement, la réponse est oui, et l'évidence nous provient de sources très diverses, comme les mythes, les pièces de théâtre, la musique, la poésie et la littérature.
 
Les premiers exemples de l'amour romantique (dans le sens amour spirituel, car le terme "romantique" n'est utilisé que depuis le XIXe siècle) apparaissent dans la mythologie grecque, puis dans les tragédies grecques. Souvenons-nous de la légende, aussi belle que tragique, où Orphée se rend aux Enfers pour essayer de ramener à la vie sa bienaimée, Eurydice. Dans ce mythe, nous retrouvons déjà les thèmes qui seront abordés deux millénaires plus tard par les écrivains et poètes du mouvement romantique : la perte d'un être cher, un amour qui, de par son intensité et profondeur, transcende même la mort, la révolte contre un destin implacable, mais, également, l'impossibilité de vaincre ce destin.
 
À l'époque de l'Empire romain et durant les Siècles Obscurs, l'amour romantique prend plus de mille ans de congé. L'amour n'était pas mort, bien sûr, mais il n'était plus célébré de la même manière que dans la Grèce antique. Que ce soit dans l'Empire romain ou dans la société féodale, la place de la femme n'était guère enviable. Cependant, les choses commencent à changer peu à peu à partir du XIIe siècle, notamment avec les troubadours, les bardes de la fin'amor, l'amour courtois. La femme devient alors bien plus qu'un objet de désir ; elle est idéalisée, érigée sur un piédestal. Le preux chevalier doit maintenant mériter les faveurs de la dame, accomplir des exploits en son nom.
 
L'époque des troubadours s'achève au XIVe siècle, mais, par la suite, la Renaissance prend la relève avec, notamment, la (re)apparition du théâtre. Citons les dramaturges comme Corneille, Racine et, bien sûr, Shakespeare ! Dans l'une de ses pièces les plus célèbres, Roméo et Juliette, ce dernier conte un drame qui deviendra l'archétype de l'histoire d'amour impossible. Mais qu'est-ce qui rendait cet amour impossible, sinon la haine entre deux clans rivaux ? Voilà un excellent exemple où l'amour entre en conflit avec les réalités de la société.
 
Les écrivains des siècles suivants, en particulier ceux du XIXe siècle, continueront à développer ce thème. L'amour, même lorsqu'il va à l'encontre des conventions sociales, pourra-t-il enfin s'épanouir sous la plume des auteurs romantiques ? Rien n'est moins sûr. Souvenons-nous, par exemple, de Notre Dame de Paris (1831) de Victor Hugo, où l'amour conduit, de nouveau, à la tragédie. Pour Dostoïevski, en revanche, l'amour apparaît comme une force éminemment positive, et cette force, d'après lui, pourrait même sauver l'humanité ! Pour d'autres écrivains, comme George Sand, l'amour devient libératrice, rebelle, parfois jusqu'au scandale.
 
L'autre domaine artistique très propice à la célébration de l'amour est, bien évidemment, la poésie. Là encore, Victor Hugo est l'une des références majeures, mais il y en a beaucoup d'autres, bien sûr : Musset, de Lamartine, et même Baudelaire. Ce dernier n'est pas spécialement connu pour avoir écrit sur l'amour, mais il a quand même consacré quelques très beaux poèmes à ce noble sentiment (en voici un exemple).
 
L'amour romantique peut-il survivre dans la société de consommation ?
 
Disons-le franchement, la société de consommation n'est pas un terreau très fertile pour l'épanouissement de l'amour romantique. Dans le monde du XXIe siècle, même l'amour est devenu une marchandise. La Saint Valentin s'est transformée en une fête commerciale, et, partout, on est submergé par la pub vantant toute sorte de produits et services sans lesquels, bien évidemment, l'amour heureux ne pourrait exister. Mais oui, bien sûr.
 
Autant le dire tout de suite, le romantisme ne se réduit pas à un dîner aux chandelles. Non. Le romantisme est avant tout dans la profondeur et l'authenticité des sentiments, pas dans le décor. Le véritable amour n'a pas besoin de preuves, et encore moins de cadeaux. L'amour est, en soi, le plus beau cadeau qui puisse être offert.
 
Alors, chers amis, arrêtons d'aimer avec notre porte-monnaie ! Nous avons un c½ur et un esprit pour ça. Personnellement, je trouve qu'un poème est le meilleur cadeau qu'on puisse offrir à quelqu'un qu'on aime. Si cette personne a besoin de cadeaux plus "matériels" en tant que preuve d'amour, c'est que vos relations sont bâties sur du sable. Autant le savoir de suite avant de s'engager dans une relation durable. Sinon, la désillusion viendra un jour ou l'autre, inévitablement.
 
Littérature contemporaine
 
Ne nous attardons pas sur la continuelle avalanche de bouquins d'une médiocrité criante qui nous vendent des histoires d'amour insipides, et sous laquelle la société de consommation moderne nous noie. Bref. C'est pas ce qui nous intéresse ici. Nous, on aime la "mauvaise" littérature. Genre, celle qui parle de vampires, elfes et autres sorciers !
 
En parlant d'amour romantique, l'histoire qui me vient immédiatement à l'esprit est celle d'Arwen et Aragorn dans le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Arwen est une elfe, alors qu'Aragorn est humain. Les elfes s'apprêtent à quitter les Terres du Milieu et partir pour des terres lointaines. Alors, Arwen fait face à un terrible conflit intérieur : doit-elle partir avec les siens, ce qui signifie quitter pour toujours son bienaimé, ou bien rester avec lui, et se séparer à tout jamais de son peuple ? Voilà un autre exemple où les sentiments entrent en conflit avec les réalités sociales.
 
Musique contemporaine
 
L'amour romantique a beaucoup influencé de nombreux groupes de musique contemporaine. La liste serait trop longue à dresser ! Dans le domaine du rock, on pourrait citer Évanescence, Muse, U2, R.E.M, The Cure, Pearl Jam, Nickelback, Lifehouse, Dashboard Confessional, Oasis et beaucoup d'autres. Pour le métal, ce sont surtout les groupes de métal alternatif. Le "love metal" est même devenue la spécialité du groupe H.I.M. Le métal symphonique n'est pas en reste, avec, entre autres, Within Temptation ou Tarja.
 
Conclusion
 
Des légendes grecques jusqu'aux chansons des groupes de rock modernes, en passant par les pièces de Shakespeare et les ½uvres des écrivains et poètes du XIXe siècle, l'amour romantique nous a toujours inspiré, fasciné, nous a fait pleurer, parfois de joie, parfois de tristesse. Mais une chose est certaine : la thématique de l'amour fatal ne peut nous laisser indifférents. Roméo et Juliette meurent avec chaque nouvelle génération pour renaître avec la suivante et, tant que l'humanité existera, l'amour triomphera toujours de la mort.
 
 
-- Poèmes -------------------------------- Chansons

Théophile Gautier – À deux beaux yeux ------------------------- H.I.M – Join Me In Death
-- Victor Hugo – Apparition -------------------- Within Temptation – Somewhere
Charles Baudelaire – Hymne ------------------------------- Evanescence – Anywhere --------
Victor Hugo – À celle qui est voilée ----------------- Nickelback – Far Away

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~
Image : www.theonering.com
Tags : amour romantique, histoire, Antiquité, Moyen Âge, Renaissance, XIXe siècle, mythologie, poésie, Victor Hugo, Charles Baudelaire, littérature, Dostoïevski, George Sand, musique, Evanescence, Within Temptation, Tarja, théâtre, liberté, société
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#Posté le samedi 12 février 2011 12:40

Modifié le vendredi 08 février 2013 19:28

Mouvement gothique : questions / réponses

Mouvement gothique : questions / réponses



Mouvement gothique, kézako ?

C'est une culture underground née vers la fin des années 70 - début 80 autour du rock dit « gothique » (Bauhaus, The Cure, The Sisters of Mercy etc.) (lis aussi le commentaire d'Ashaku sur les origines du rock gothique, qui apporte des précisions intéressantes).

Quelles sont les caractéristiques de la culture gothique ?

Cette culture s'articule avant tout autour d'une certaine esthétique et dérive du romantisme sombre (voir aussi Romantisme sombre en 15 définitions). Contrairement à ce qu'affirment certains puristes, elle ne se limite pas au seul rock gothique, mais elle s'étend également aux autres arts, comme, par exemple, le dessin, la photographie, l'art digital, etc.

D'où vient le nom du mouvement ?

De sa principale source d'inspiration, le roman gothique. Ce genre de littérature est né dans les années 1760 par opposition à la culture dite « classique ». Le roman gothique est à la fois le précurseur du romantisme et du roman fantastique actuel. Ce genre littéraire, à son tour, tient son nom de l'architecture gothique.

Mouvement gothique : questions / réponses
(merci à Diantha !)

Pourquoi dit-on que le terme « gothique » est péjoratif ?

Il l'était pour les partisans de l'architecture « classique » à laquelle s'oppose l'architecture gothique. Le terme « gothique » provient du mot Goth qui désigne un peuple originaire de Scandinavie. Pour les détracteurs de l'architecture gothique, c'était un style « barbare », apporté par les Goths qui ont contribué à la chute de l'Empire romain et, donc, à la fin de la culture dite « classique ».

Quels sont les thèmes du romantisme sombre ?

Le romantisme sombre s'est développé par opposition à la culture « classique ». Ses thèmes centraux sont la souffrance due à l'impuissance de l'individu face à son destin et aux forces qui le dépassent, le caractère éphémère de la beauté, l'impossibilité d'atteindre l'idéal, la solitude, la déchéance, la nature du Mal, ainsi que, d'une manière générale, la réflexion sur la vie et la mort. Cependant, le romantisme sombre n'est pas forcément pessimiste ou macabre. Il est surtout issu d'une certaine perception de la réalité de la condition humaine.

Qu'est-ce que la « musique gothique » ?

Pour les puristes, c'est le rock gothique, mais on peut légitimement contester ce point de vue. Toute musique qui, de par son esthétique et ses thèmes, s'inspire du romantisme sombre peut être considérée comme gothique, y compris le métal gothique, voire même le doom. Le métal symphonique (Nightwish, Epica, Within Temptation) est un style différent, mais qui reste, néanmoins, proche du gothique.

Comment faire pour devenir « gothique » ?

On ne choisit pas de devenir « gothique » (ou goth) comme on renterait dans une sorte de culte, on a cette sensibilité où l'on ne l'a pas. C'est une question de personnalité, plus qu'une question d'appartenance à un groupe. Cependant, si t'as ce genre de sensibilité et tu veux t'intégrer dans cette communauté, voici quelques conseils.

Références culturelles à connaître

Le mouvement gothique se fonde sur une culture extrêmement riche. En termes de culture musicale, tu trouveras une liste (non exhaustive, bien sûr) ici (aussi bien dans le domaine du rock que du métal). Pour les références littéraires, la liste est ici. Les Fleurs du mal de Baudelaire est considéré comme une référence incontournable par les goths francophones, de même que Poe l'est pour les anglophones. En dehors de la littérature et la musique, il y a des références cinématographiques (comme le cinéma expressionniste allemand, par exemple), les arts plastiques, la photographie, etc.

Tenue vestimentaire

L'habit ne fait pas le moine, mais, pour te donner une idée, il existe plusieurs styles que les goths affectionnent. Il y a le style « gothique romantique » qui s'inspire essentiellement de l'époque victorienne, et qui est caractérisé par des vêtements assez sophistiqués, noirs ou sombres. Le mauve, le rouge ou le blanc peuvent aussi être associés au noir afin de créer un contraste.

Mouvement gothique : questions / réponses
(merci à Diantha !)

Le style « punk goth » est plus proche des styles punk ou métalleux, avec des accessoires munis de « têtes de clous » ou même de pointes (comme le fameux collier d'Abby dans la série télé NCIS). Soit dit en passant, Abby ne m'a pas l'air représentative d'une « goth », c'est donc pas une très bonne référence.

Le style « cyber goth », apparu assez récemment, est inspiré par la musique electro goth et il est plus « techno » que les deux précédents.

Mais, rappelons-le encore une fois, le gothique, c'est avant tout une question de culture et de sensibilité, pas seulement de fringues. Inutile donc de t'affubler d'habits ridicules qu'affectionnent les poseurs, et qui ressemblent plus à des déguisements pour Halloween de mauvais goût qu'à autre chose.

Question délicate : je suis amoureu(se) d'une (ou d'un) goth, que faire ?

Pas de panique, les goths sont les gens comme les autres... enfin, presque ;-) Faut pas oublier, cependant, qu'ils ont souvent une sensibilité assez développée. Les goths peuvent être sophistiqués et exigeants dans leurs relations, il faut le savoir. Dans ce genre d'affaire délicate, le vêtement ne fait pas tout.

L'important, c'est de trouver le bon chemin vers le c½ur de l'objet de ton sentiment. Et, pour ça, rien ne vaut la poésie et la musique ! C'est là que les références culturelles jouent un rôle décisif.

Mouvement gothique : questions / réponses
(merci à Diantha !)

N'oublie pas non plus que les goths aiment le mystère. Sans aller jusqu'aux jeux d'Emilie Poulain, un peu de mystère ne fait jamais de mal. Mais, là aussi, attention aux excès. Apprends à connaître la personne d'abord, avant de proposer un rendez-vous galant dans un cimetière... o_O Certains pourraient trouver ça de mauvais goût... et, dans la plupart des cas, ils auront raison.

Dérives et mauvaise presse autour du mouvement gothique, à quoi c'est dû ?

Hélas, certains choisissent de rejoindre le mouvement gothique sans vraiment comprendre de quoi il s'agit, et le résultat peut, parfois, être assez désastreux. Certains sites ou forums qui se prétendent « gothiques » n'aident pas à améliorer cette image. Le mouvement gothique a pris un coup, ces dernières années, notamment en France. Les dégâts sont très difficiles à réparer.

Et non, j'insiste bien là-dessus, la culture gothique n'a strictement RIEN à voir avec le suicide, le sadomasochisme, l'automutilation, le satanisme, la bisexualité, et encore moins avec les profanations de cimetières.

Donc, oui, de nos jours, le mouvement gothique reste encore mal compris, aussi bien par le grand public que par une partie de la communauté qui prétend représenter ce mouvement. À nous d'y remédier.
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Image du haut : Nevermore, modèle : liam-stock.deviantart.com, corbeau : equinestockimages.deviantart.com et Wikimedia Commons.
Tags : gothique, romantisme noir, musique, poésie, littérature, histoire, Moyen Âge, XIXe siècle, fantastique, société
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#Posté le jeudi 02 décembre 2010 17:53

Modifié le lundi 25 février 2013 16:51

Hermétisme et alchimie dans l'art gothique

Dans l'article L'Art gothique et le mystère des cathédrales, nous avons parlé des bâtisseurs de ces monuments médiévaux et de leurs croyances. Nous avons vu que, bien qu'étant chrétiennes, ces croyances ont été largement influencées par l'alchimie, l'hermétisme et le gnosticisme. Intéressons-nous maintenant à cette ancienne philosophie qu'est l'hermétisme, au rôle qu'elle a joué dans l'émergence de l'alchimie et à son influence sur l'art gothique et la poésie, notamment chez Baudelaire.

Hermétisme et alchimie dans l’art gothique

La première chose qui m'a frappé lorsque je visitais les cathédrales d'Italie, c'était l'atmosphère insolite qu'elles dégageaient. Lorsqu'on entre dans l'un de ces édifices, on a l'impression de pénétrer dans un temple égyptien. Ces colonnes où les marbres blancs s'alternent avec les noirs, l'ambiance mystérieuse, voire mystique qui règne sous sa coupole constellée d'étoiles, la forme générale de l'édifice qui fait penser à l'ankh, la croix égyptienne...

Dans la cathédrale de Sienne, un bien étrange pavement accueille les visiteurs. Il représente Hermès Trismégiste l'Égyptien, le fondateur mythique de l'hermétisme, qui aurait vécu au IIIe siècle avant J.-C. Même si ce personnage n'a probablement jamais existé, les écrits hermétiques, eux, sont tout à fait réels et ont été regroupés dans une compilation qui porte le nom de Corpus Hermeticum.

Qu'est-ce que l'hermétisme ?

C'est une philosophie théologique née en Égypte qui s'est inspirée d'au moins trois traditions différentes : le platonisme, le judaïsme et l'ancienne religion égyptienne. Difficile de savoir quelle était exactement la période de rédaction des textes qui ont été inclus dans la Bible hermétique, le Corpus Hermeticum, mais on suppose que cette rédaction a été faite à peu près en même temps que celle des Évangiles de la Bible chrétienne. L'hermétisme est une branche du gnosticisme, ancienne philosophie dont les origines remontent aux philosophes grecs tels que Pythagore et Platon.

L'hermétisme a connu un destin complexe. Accusée d'hérésie, de même que les autres courants gnostiques, cette philosophie a été bannie de l'Empire romain au IVe siècle. Il faut dire que le même sort attendait tous les autres courants philosophiques, et les penseurs qui refusaient d'adhérer aux dogmes de l'Église dominante n'avaient d'autre choix que de se réfugier au Moyen-Orient.

Au VIIIe siècle, Bagdad devient l'un des centres intellectuels les plus importants du monde. Là, l'hermétisme continue à prospérer et donne naissance à une proto-science qui aura par la suite une influence déterminante sur l'évolution de la société occidentale, à savoir, l'alchimie. Certes, certains de ses procédés étaient connus depuis longtemps, mais l'alchimie a véritablement émergé en tant que discipline grâce aux penseurs du monde arabo-musulman des VIIe-VIIIe siècles.

L'alchimie pénètre en Europe au XIIe siècle, peut-être même avant, dès l'an mil, et apporte les idées hermétiques. Il faudra cependant attendre la Renaissance italienne pour que l'engouement des élites intellectuelles pour cette philosophie atteigne son paroxysme. Les trois noms à retenir ici sont Marsile Ficin, qui traduit le Corpus Hermeticum en 1463, Jean Pic de la Mirandole et Giordano Bruno. Ce dernier étudie l'hermétisme d'une manière aussi exhaustive que possible et en extrait les principes les plus importants afin de bâtir un système philosophique cohérent. Ainsi, il est parmi les premiers dans l'histoire à réaliser que les étoiles sont de lointains soleils, et ce non pas grâce à des observations astronomiques, mais principalement grâce à la philosophie. Cependant, l'audace dont ce penseur fait preuve le place sur une trajectoire de collision avec l'institution la plus puissante de la Renaissance, l'Inquisition ! Après des années de détention et de procès, il est brûlé vif pour hérésie en 1600.

Si les rationalistes des XVIIe et XVIIIe siècles rejettent l'hermétisme, cette philosophie trouve néanmoins un accueil plus favorable dans les milieux artistiques et inspire les peintres et les compositeurs. L'exemple le plus connu est l'½uvre musicale La Flûte enchantée de Mozart (1791). Au XIXe siècle, ce sera au tour de la littérature et de la poésie d'adopter les idées hermétiques, notamment dans le cadre du symbolisme sous la plume de Baudelaire, Rimbaud et Mallarmé.

L'alchimie et le remède contre le Mal

Imaginez un vaccin qui pourrait nous immuniser contre la maladie, prolonger notre existence pratiquement indéfiniment et, en même temps, nous débarrasserait du mal moral ! Voilà le rêve que poursuivaient les alchimistes. Contrairement à l'idée couramment répandue, ceux qui pratiquaient l'alchimie au cours des siècles ne cherchaient pas à transformer le plomb en or. Du moins, tel n'était pas leur objectif final. C'était plutôt une couverture qui leur permettait de dissimuler leurs véritables intentions des yeux d'un public fort suspicieux vis-à-vis de toute activité qui ne soit pas parfaitement orthodoxe.

Hermétisme et alchimie dans l’art gothique
Les alchimistes étaient avant tout des philosophes qui cherchaient à créer un élixir pouvant corriger les imperfections humaines. La maladie, le vice et même la mort figuraient sur la longue liste de ces imperfections. Tout comme les hermétistes et autres gnostiques, les alchimistes ne croyaient pas que le Mal soit la conséquence du péché originel (voir article Les origines du Mal). Pour eux, le monde matériel n'est que l'ombre de l'univers divin, idéel, dans lequel toute chose était vouée à la corruption et la destruction. Cependant, ils pensaient que certaines substances échappaient à la corruption, l'or étant l'une d'elles. Puisque ce métal ne rouillait pas, il était considéré comme "parfait", "pur". Donc, les alchimistes croyaient que s'ils arrivaient à transformer un métal commun et or, ils arriveraient à transformer le corps humain suivant le même processus et le rendre parfait !

Cette idée peut nous faire sourire, sauf que les psychanalystes comme Carl Jung ont fait une observation qui devrait nous faire réfléchir. L'alchimie semblait fonctionner un peu sur le même principe que la psychothérapie. En réalité, les transformations chimiques des matériaux de laboratoire n'étaient pas au centre des préoccupations de ceux qui cherchaient la pierre philosophale, car l'alchimie était avant tout une discipline spirituelle. En transformant diverses substances, c'est leur esprit qu'ils cherchaient à transformer. En cela, l'alchimie se rapprochait de la "magie naturelle" telle qu'elle était pratiquée depuis l'antiquité par les druides, les chamanes et les cabalistes. D'ailleurs, certains illustres penseurs de la Renaissance s'étaient intéressés à la fois à l'alchimie et la magie.

L'importance historique de l'alchimie et de la "magie" n'est pas à sous-estimer. Sans elles, la société moderne ne pourrait simplement pas exister. Ces proto-sciences ont donné naissance à la chimie, la pharmacologie et même à l'astronomie (l'observation des astres ayant été également très importante dans la pratique de ces proto-sciences). Leur influence sur la société et la culture en général était décisive, puisque nous leur devons la notion des droits de l'homme, rien que ça ! Mais c'est là un autre sujet auquel je devrais consacrer un article. Et maintenant, parlons de l'influence de l'alchimie sur l'art gothique.

L'alchimie et l'art gothique

Dans un article précédent, L'Art gothique et le mystère des cathédrales, nous disions que les bâtisseurs des cathédrales s'organisaient en confréries qui fonctionnaient comme des sociétés initiatiques. Nous parlions également des messages cachés qu'ils nous auraient laissés à travers leur art et, armés des connaissances historiques que nous possédons actuellement, nous pouvons enfin commencer à les décoder.

Loin de moi l'idée de faire une liste exhaustive de tous les symboles alchimiques et hermétiques que nous trouvons dans les églises et les cathédrales, je le ferais peut-être sur un site dédié. Ici, je ne donnerai que quelques exemples.

L'un des symboles gnostiques et alchimiques le plus typiques est l'ouroboros, le dragon qui se mord la queue. Ce symbole représente l'éternel renouvellement de la nature, un concept très important pour l'alchimiste, car c'est grâce à ce principe qu'il espérait trouver la pierre philosophale pouvant donner l'éternelle jeunesse. Pour le scientifique que je suis, cette représentation est d'autant plus intéressante qu'elle évoque le cycle cellulaire. En effet, si les cellules de notre corps pouvaient se diviser à l'infini, au lieu d'être programmées pour ne faire qu'un nombre limité de divisions, nous pourrions peut-être vivre pendant des siècles ! C'est en ce moment un domaine de recherche très prometteur, vous voyez donc que les idées des alchimistes n'étaient pas toujours si absurdes que ça. Ils n'avaient pas les connaissances scientifiques pour atteindre leur but, mais ils avaient souvent raison sur la théorie.

Hermétisme et alchimie dans l’art gothique

Voici quelques exemples d'ouroboros dans les églises et cathédrales : la statue de la cathédrale de Milan qui représente l'Éternité tenant un ouroboros dans la main (haut à gauche) ; bas-relief sur le mur du château de Ptuj en Slovénie (bas à gauche) ; détail d'un relief qu'on voit au-dessus de l'une des portes de l'église Saint Mary and Saint David à Kilpeck, Angleterre (bas à droite) ; bas-relief sur la porte d'entrée de la cathédrale de San Michele Arcangelo à Campania, Itale (non montré, mais vous pouvez facilement trouver des photos sur le net).

Les représentations des penseurs grecs, notamment de Pythagore, sont également très significatives. Par exemple, nous trouvons un bas-relief représentant ce philosophe sur le portail royal de la cathédrale de Chartres. Notre-Dame de Paris n'est pas en reste, où l'on a identifié une trentaine de représentations relatives à l'alchimie et au Grand ¼uvre, processus par lequel les alchimistes pensaient pouvoir créer la pierre philosophale (Fulcanelli, Le Mystère des cathédrales et l'interprétation ésotérique des symboles hermétiques du grand ½uvre).

Mais le lien le plus important entre l'art gothique et l'alchimie, c'est la verticalité. La légèreté et l'impression d'élévation sont les caractéristiques les plus importantes de l'architecture des cathédrales. Elles évoquent l'ascension de l'esprit vers le ciel, vers la lumière, et en cela elles rejoignent l'alchimie, qui est, justement, la quête de l'élévation spirituelle.

L'alchimie dans la poésie

Comme précisé plus haut, les trois noms à retenir lorsque nos parlons d'hermétisme dans la poésie sont ceux de Baudelaire, de Rimbaud et de Mallarmé. Les mots tels que "alchimie" ou "Hermès" n'apparaissent que rarement, l'hermétisme étant présent, comme chez tout alchimiste qui se respecte, sous une forme cryptique. Le poème qui fournit la clé de cet étrange et improbable univers du symbole est Alchimie de la douleur de Baudelaire.

Je dois avouer que c'est l'un des poèmes les plus puissants que j'ai jamais lus, tout le drame du genre humain est résumé en 14 vers seulement ! La phrase clé est probablement « Par toi (Hermès) je change l'or en fer Et le paradis en enfer ». Nous parlons bien ici du thème central du romantisme noir qui est la déchéance, puisque nous voyons l'homme procéder à une sorte d'alchimie inversée. Si la transformation du fer en or est le symbole de l'élévation spirituelle, l'inverse ne peut signifier que la chute. La référence à Midas, plus tôt dans le poème, est très symbolique, car c'est le personnage de la mythologie grecque qui transformait tout ce qu'il touchait en or, devenant ainsi le symbole de la cupidité. Nous n'avons qu'à regarder notre monde contemporain pour constater à quel point Baudelaire avait raison : la cupidité de l'homme est bien capable de transformer n'importe quel paradis en enfer (voir l'article Les origines du Mal).

Enfin, la conséquence de l'acte destructeur de l'homme est claire :

Dans le suaire des nuages
Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.


Ces vers prennent une signification particulièrement prophétique et sinistre à l'heure où les activités humaines sont en train de changer la composition chimique de l'atmosphère terrestre. Le pétrole et le charbon nous tueront plus lentement, mais tout aussi sûrement qu'un conflit nucléaire global.

L'alchimie dans la culture contemporaine

Les références à l'alchimie dans la culture contemporaine sont nombreuses, principalement dans la littérature. L'alchimiste de Paulo Coelho est un best-seller mondial, et l'hermétisme a été invité dans nombre de romans populaires, principalement historico-ésotériques. Pour parler de la littérature plus "sérieuse", souvenons-nous de L'¼uvre au noir de Marguerite Yourcenar (c'était l'époque où existait encore une littérature de qualité, qui se fait, hélas, de plus en plus rare...)

La situation dans le domaine musical semble plus complexe, car l'alchimie et l'hermétisme sont rarement mentionnés dans les paroles des chansons ou les titres des albums. Cependant, il y a fort à parier que l'alchimie a joué un rôle au moins indirect dans la musique moderne. Certains groupes de la darkwave et du rock gothique ont abordé des sujets qui se rapprochent de l'hermétisme. Le métal n'est pas en reste, l'ésotérisme étant l'un des thèmes majeurs de ce genre musical. Un groupe en particulier me vient à l'esprit, Therion, car les compositeurs de ce groupe semblent bien maitriser leur sujet lorsqu'ils abordent des thèmes mythologiques et "hérétiques".
 
L'esprit de la quête propre à l'alchimie et à l'hermétisme continue donc de vivre et de s'exprimer à travers l'art, trouvant dans la culture le moyen de se renouveler sans cesse à l'image de l'ouroboros.
 
Références

- J.-P. Bayard, La Tradition cachée des cathédrales. Du Symbolisme Médiéval à la réalisation architecturale, Éditions Dangles, 2009.
- Fulcanelli, Le Mystère des cathédrales et l'interprétation ésotérique des symboles hermétiques du grand ½uvre, Société Nouvelle des Éditions Pauvert, 1964.
- S. Hutin, Les Alchimistes au Moyen Âge, Librairie Hachette, 1977.
- C. Jacq, Le Message des constructeurs de cathédrales, Éditions du Rocher, 1980.
- C.G. Jung, Psychologie et alchimie, Buchet / Chastel, 1970.
- F.A. Yates, Giordano Bruno et la tradition hermétique, Dervy-Livres, 1988.
Tags : gothique, cathédrales, histoire, Antiquité, Moyen Âge, Renaissance, XIXe siècle, alchimie, gnosticisme, hérésie, hermétisme, symbologie, Egypte, inconscient, Carl Jung, poésie, littérature, musique, Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé, Inquisition, Giordano Bruno, enfer, magie, romantisme noir, Therion
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#Posté le mercredi 15 juin 2011 15:56

Modifié le lundi 25 février 2013 16:30

Mystère, suspense et romantisme !

Chers amis, ce mois-ci, je vous propose un programme très spécial, puisque nous parlerons d'un sujet plutôt inhabituel, le mystère, le suspense et le romantisme ! Programme très spécial, en effet, car nous avons une occasion très spéciale à marquer : la sortie de l'album concept The Unforgiving de l'excellent groupe néerlandais Within Temptation, dont nous avons suivi la préparation sur les pages de ce blog.

 


Mystère, suspense et romantisme !

En général, on croit que les univers du romantisme et celui du polar et du thriller ne se rencontrent pas très souvent. Pourtant, à travers cet article et ceux qui vont suivre, je vais essayer de vous convaincre que le policier, le thriller et le roman noir ont des liens étroits avec le romantisme. Car, ce qui réunit tous ces genres littéraires, c'est avant tout le goût du mystère !

Perspective historique

Faisons maintenant un saut dans le temps à la recherche des origines du polar. Nos recherches aboutiront alors à Edgar Allan Poe, la figure clé du romantisme américain ! Le titre à retenir, en particulier, est Le Double Assassinat de la rue Morgue (1841). En France, on considère en général que le pionnier du polar était Émile Gaboriau, avec Affaire Lerouge (1866) et le Crime d'Orcival (1867). Mais souvenons-nous également de Balzac, dont certains romans préfigurent déjà le policier et le roman d'espionnage (je pense, notamment, à Une ténébreuse affaire (1841)).

Qu'en est-il d'Arthur Conan Doyle, le père du polar « analytique » ? Quelles étaient ses sources d'inspiration ? Est-ce une coïncidence si, dans les aventures de Sherlock Holmes et, en particulier, Le Chien des Baskerville, nous retrouvons tous les ingrédients du roman gothique (genre littéraire qui a donné naissance au mouvement romantique au XIXe siècle) : ambiance lugubre et mystérieuse, sombre manoir, créature surnaturelle qui hante la région...

Et que dire de Fantômas, l'archétype du génie du mal qui a tant influencé la culture populaire du XXe siècle, né sous la plume de Marcel Allain et Pierre Souvestre ? Remarquez, de nouveau, cette référence au fantôme, au revenant, si caractéristique du romantisme sombre. Dans un style un peu différent, évoquons également Le Fantôme de l'Opéra de Gaston Leroux (1910), qui n'est pas un polar à proprement parler, mais qui, par certains aspects, préfigure déjà le roman à suspense actuel.

Le roman noir et le thriller (ou roman à suspense), sous-genres très féconds du polar « classique », apparaissent dans les années 50-60, fruits du mal et de la désillusion dont souffre la société moderne. Le roman noir insiste non plus sur la démarche intellectuelle que l'investigateur doit suivre afin de résoudre une enquête policière, mais sur les aspects sociaux qui entourent le crime, ainsi que sur les aspects psychologiques qui poussent le criminel à l'action. Le thriller, comme son nom l'indique, cherche avant tout à créer la tension, le suspense, et, en ce sens, rejoint parfois le roman d'aventures ou d'espionnage.

Existe-t-il un rapport entre le roman noir, le thriller et le romantisme ? Encore une fois, la réponse est positive, car le mal social est également l'un des thèmes fondamentaux du romantisme, comme nous allons le voir lorsque nous parlerons du thème de la révolte et de la liberté. Dois-je rappeler les Misérables de Victor Hugo, les romans de Balzac, de Stendhal ou de Dostoïevski ? Tenez, Crime et châtiment, par exemple, n'est-ce pas l'un des précurseurs du roman noir ? Et, dans le domaine de la poésie, nous retrouvons Baudelaire, bien sûr, avec les Fleurs du Mal et Les Paradis artificiels. Le thème de la drogue et de la dépendance, comme on le sait, est également très présent dans le roman noir.

Romantisme noir dans les thrillers modernes

Loin de moi l'idée d'analyser tous les policiers, thrillers et romans noirs qui se sont inspirés plus ou moins directement du roman gothique et du romantisme noir, il y aurait de quoi écrire une thèse. Les sous-genres littéraires où ces influences sont les plus flagrantes sont peut-être le thriller fantastique et le thriller historico-ésotérique. Les ambiances de ces livres sont, en général, assez sombres, les personnages inquiétants, et les décors ressemblent à s'y méprendre à ceux des romans gothiques : cathédrales, vieux manoirs ou châteaux, catacombes, cryptes et j'en passe.

Dans les articles suivants, nous verrons quelques exemples concrets, mais mentionnons tout de suite les ½uvres du romancier français contemporain Maxime Chattam, comme ceux de La Trilogie du mal, par exemple.

The Unforgiving

Décor en noir et blanc. Silence total. Une chambre de morgue, éclairée par une froide lumière artificielle. Le corps d'une jeune femme git, recouvert d'un linceul. Les portes s'ouvrent, livrant passage à une femme âgée qui se déplace dans un fauteuil roulant. Sa main noueuse se pose sur celle de la défunte et l'agrippe fermement. Alors, le corps tout entier de cette dernière est agité de convulsions. Explosion d'énergie — les objets volent à travers la pièce, comme propulsés par une onde de choc. Soudain, la jeune femme se redresse, revenue à la vie. Une seconde chance lui est offerte, une chance de rédemption.

 


Mystère, suspense et romantisme !

The Unforgiving est à la fois le titre d'une BD de Steven O'Connell (auteur) et Romano Molenaar (dessinateur) ainsi que celui du dernier album du groupe néerlandais Within Temptation (lire la chronique complète de l'album). L'ambiance de ce thriller fantastique rappelle quelque peu celle de The Crow (BD de James O'Barr, 1989 et film réalisé en 1994) car, là aussi, le surnaturel intervient dans la vie de la jungle urbaine pour châtier les criminels. Cependant, il existe une différence de taille entre les deux histoires, puisque l'héroïne de The Unforgiving est elle-même une ancienne criminelle. Ce n'est donc pas une histoire de vengeance, comme dans The Crow, mais plutôt celle de rédemption.

Les références au romantisme noir sont nombreuses dans The Unforgiving, aussi bien dans la BD que dans l'album musical de Within Temptation. Le concept de l'album est expliqué plus en détail ici.

Articles associés


Littérature :
---> Umberto Eco — Le Cimetiere de Prague
----> Michael Connelly
-----> Maxime Chattam
 
Poème :
---> Charles Baudelaire - Obsession

Cinéma :
---> Mystère, suspense et romantisme noir : cinéma

Musique :
---> The Unforgiving de Within Temptation – chronique
Tags : romantisme noir, histoire, Moyen Âge, Renaissance, XIXe siècle, Inquisition, poésie, Charles Baudelaire, littérature, fantastique, Edgar Poe, Balzac, Stendhal, Victor Hugo, Dostoïevski, musique, Within Temptation, gothique, société, Les Lumières de Lucifer, suspense
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#Posté le samedi 26 mars 2011 14:58

Modifié le lundi 25 février 2013 16:39

Umberto Eco — Le Cimetiere de Prague

Décidément, ce mois-ci, nous sommes comblés. Il est là — enfin ! — disponible dans toutes les librairies dignes de ce nom, le dernier roman de mon auteur modèle, ai-je besoin de le présenter, Umberto Eco !

Umberto Eco — Le Cimetiere de PragueCe philosophe et romancier italien est surtout connu pour son polar historique, Le Nom de la rose, ainsi que son thriller Le Pendule de Foucault. ¼uvres magistrales que je recommande, bien évidemment, mais, aujourd'hui, parlons de son dernier roman dont la traduction en français vient juste de paraître : Le Cimetière de Prague.

Le titre annonce déjà la couleur : c'est un roman historique noir. Umberto Eco signe là son roman le plus sulfureux, puisqu'il met en scène un personnage machiavélique, Simon Simonini, antisémite, faussaire, conspirateur, et j'en passe. C'est l'occasion pour le romancier de revenir sur l'un des documents les plus controversés de l'histoire occidentale, appelé les Protocoles des sages de Sion, qu'il avait déjà mentionné brièvement dans Le Pendule de Foucault. Au crépuscule du XIXe siècle, l'intrigue du roman conduit le très antipathique personnage principal à voyager à travers une Europe en pleine effervescence. Amateurs du mystère, du macabre et des complots, vous allez être servis !

Simon Simonini, le Diable en personne ? En tout cas, il semble haïr le monde entier. Pour quelle raison Eco aurait cherché à créer un personnage tellement exécrable qu'il en devient presque caricatural ? L'auteur explique que, à travers ce roman, il a cherché à «comprendre comment fonctionne le mécanisme de la haine. » Voici un sujet qui préoccupe notre espèce depuis la plus haute antiquité, et qui semble aussi actuel au XXIe siècle qu'il l'était à l'époque de Moïse.

C'est probablement la raison pour laquelle Le Cimetière de Prague a provoqué autant de polémiques et a valu des critiques, parfois véhémentes, à son auteur. Il lui a été reproché d'avoir rendu les frontières entre les faits et la fiction délibérément floues. On l'a même accusé d'antisémitisme, alors que le livre, au contraire, dénonce toutes les discriminations, en les ridiculisant.

Personnellement, ce que j'ai toujours admiré chez Eco, c'est son intégrité. Les intrigues de ces romans reposent sur des faits historiques ou, du moins, une certaine vision de ces faits, une vision fondée sur une impressionnante érudition. Maintenant, il faut quand même rappeler la différence fondamentale entre une étude historique et un roman : ce dernier est avant tout une ½uvre de fiction ! Il est donc tout à fait logique de retrouver des éléments imaginaires, même dans un roman historique, à côté des éléments factuels. L'important, c'est que le récit provoque la réflexion, et, de ce point de vue, les romans d'Umberto Eco ne nous ont jamais déçus !
 

Aden A.
Tags : littérature, roman, Umberto Eco, romantisme noir, histoire, XIXe siècle, suspense
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#Posté le vendredi 01 avril 2011 17:13

Modifié le lundi 20 mai 2013 14:31

Mystère, suspense et romantisme noir : cinéma

Dans cet article, je vais me limiter volontairement à cinq films, mais il y en a beaucoup d'autres, bien sûr. Le choix des films a été basé sur les critères suivants : présence d'une enquête, et donc d'un mystère que le héros principal doit élucider, un suspense permanent, ainsi que des références aux thèmes du romantisme sombre.
 
Sleepy Hollow (1999) de Tim Burton avec Johnny Depp et Christina Ricci
 
Mystère, suspense et romantisme noir : cinémaCommençons par un film qui illustre parfaitement notre propos, puisqu'il combine tous les éléments dont nous parlons dans le dossier de ce mois : une série de crimes, une enquête, un mystère, l'intervention du surnaturel et de nombreuses références au romantisme sombre.
 
Déjà, l'époque à laquelle se déroule l'intrigue ne pouvait être plus symbolique : 1799, la transition entre le XVIIIe et le XIXe siècle, l'âge d'or du roman gothique. Sleepy Hollow, ou La Légende du cavalier sans tête, est une adaptation cinématographique de la nouvelle de Washington Irving, La Légende de Sleepy Hollow (1819). L'inspecteur new-yorkais Ichabod Crane (Johnny Depp) est envoyé dans le village de Sleepy Hollow pour enquêter sur un double meurtre. D'après les villageois, les victimes ont été décapitées par une créature surnaturelle, un cavalier sans tête revenu d'entre les morts. Une jeune femme, Katrina Van Tassel (Christina Ricci), se retrouve au c½ur d'un sombre complot, en est-elle l'instigatrice, ou bien l'une des victimes ? Sorcellerie, nécromancie, suspense, combats à l'épée, courses poursuites, les amateurs d'action et du fantastique sombre seront gâtés !
 
Mon avis : un thriller fantastique très bien réalisé, mais dont l'intrigue policière est assez légère. Le succès du film tient essentiellement sur la brillante performance de Johnny Depp, une tension qui ne se relâche à aucun moment et les omniprésents décors lugubres et mystérieux.
 
Angel Heart (1987) d'Alan Parker avec Mickey Rourke et Robert De Niro
 
Mystère, suspense et romantisme noir : cinémaFilm noir adapté d'après le roman Falling Angel de William Hjortsberg.
 
Amérique des années 1950. Harry Angel (Mickey Rourke), détective privé à la petite semaine, est engagé par un mystérieux personnage du nom de Louis Cyphre (Robert De Niro) afin de retrouver un ancien crooner disparu douze ans plus tôt. Angel accepte le travail, mais regrette vite cette décision, lorsque l'un des témoins qu'il interroge est assassiné. Il veut arrêter l'enquête, mais son employeur lui offre une somme d'argent à laquelle le détective privé ne peut résister. Ainsi, il continue son investigation, mais tous ceux qu'il interroge finissent par être assassinés. L'intrigue culmine avec sa rencontre avec une jeune métisse qui, comme Angel le constate de ses propres yeux, pratique le vaudou.
 
Mon avis : un film réalisé dans les règles de l'art, un fascinant voyage dans l'Amérique des années 50. La performance de Robert De Niro est bluffante. Un bémol, cependant : je n'ai pas spécialement apprécié la fin, inattendue, certes, mais qui fait basculer l'intrigue dans le paranormal, l'éloignant de l'aspect psychologique et social.
 
The Crow (1994) d'Alex Proyas avec Brandon Lee
 
Mystère, suspense et romantisme noir : cinémaUn film réalisé d'après la BD éponyme de James O'Barr (1989). Eric Draven (Brandon Lee), guitariste de rock, de même que sa fiancée Shelly (Sofia Shinas), sont tués par un gang qui terrorise la ville pendant la nuit appelée Devil's Night. Un an après sa mort, un corbeau apparaît sur la tombe d'Eric et le ramène à la vie. Guidé par cet oiseau surnaturel, Eric part à la recherche des membres du gang pour se venger.
 
Brandon Lee (fils de Bruce Lee) a été victime d'un accident mortel durant le tournage : il a été tué par un pistolet qui contenait de vraies balles au lieu de balles à blanc. Les scènes manquantes ont donc été réalisées sans lui. The Crow est devenu un film culte pour les amateurs de la culture gothique, notamment en raison de nombreuses références à la darkwave et au rock gothique des années 80. Il a été suivi par deux autres films, City of Angels et Salvation, ainsi qu'une série télé, Stairway to Heaven.
 
Mon avis : il s'agit avant tout d'un film d'action dans la pure tradition du cinéma américain. Beaucoup de violence, donc, avec une intrigue assez simple, voire simpliste, mais là n'est pas le point fort du film. L'accent est mis avant tout sur une certaine esthétique et sur l'aspect émotionnel, le deuil de la perte.
 
From Hell (2001) d'Albert et Allen Hughes avec Johnny Depp et Heather Graham
 
Mystère, suspense et romantisme noir : cinémaDécidément, Johnny Depp aime bien les ambiances sombres ! Nous le retrouvons ici dans un film très « atmosphérique » qui nous plonge dans les méandres des ruelles obscures de Londres à l'époque victorienne. Il s'agit encore d'une adaptation d'une BD au cinéma, celle d'Alan Moore et Eddie Campbell.
 
L'agent de Scotland Yard, l'inspecteur Frederick Abberline, est chargé d'une enquête sur un tueur en série qui assassine et dissèque les cadavres de ses victimes, choisies exclusivement parmi les prostituées. Ce boucher n'est autre que Jack l'Éventreur ! Cependant, l'enquête policière n'est ici qu'un prétexte d'évoquer la vie dans la société victorienne. Le spleen, la drogue, la misère, la place de la femme sont autant de sujets qui apparaissent en filigrane à travers tout le film.
 
Mon avis : un film noir et poétique qui évoque les ½uvres de Baudelaire (je pense, notamment, aux Paradis artificiels). L'ambiance est sombre et menaçante à souhait, créé grâce aux décors et la musique. Johnny Depp est magnifique, comme toujours.
 
Constantine (2005) de Francis Lawrence avec Keanu Reeves
 
Mystère, suspense et romantisme noir : cinémaUn film fantastique basé sur la BD Hellblazer. John Constantine est un détective d'un genre très spécial. Sa spécialité, c'est la chasse aux démons. Rien que ça !
 
Constantine est humain, mais il est également un agent dans la lutte sans merci que se livrent les puissances du Paradis et des Enfers, utilisant la Terre comme champ de bataille. Cependant, ce détective atypique est lui-même habité par un démon, celui de l'accoutumance à la nicotine. Blasé et nihiliste, il vit dans la solitude, la fumée du tabac pour seul compagnon. Tout change, cependant, lorsqu'une jeune femme, Angela Dodson (Rachel Weisz), qui est inspecteur de police, demande son aide pour investiguer le suicide de sa s½ur jumelle. Ce que Constantine ignore encore, c'est que cette aventure le mènera à affronter le fils de Satan en personne...
 
Mon avis : ce film a été présenté par certains critiques comme une énième superproduction hollywoodienne où tout est dans les effets spéciaux, et rien dans le scénario. Pour une fois, je ne suis pas d'accord. L'intrigue n'est pas terriblement originale, peut-être, mais les personnages ne sont pas inintéressants et le jeu d'acteur est convaincant. Le côté dramatique est là, et les effets spéciaux sont littéralement dantesques, c'est le cas de le dire !
Tags : cinéma, romantisme noir, gothique, XIXe siècle, fantastique, société, suspense
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#Posté le vendredi 15 avril 2011 17:41

Modifié le lundi 20 mai 2013 14:31

Le Dracula historique et le pacte avec le Diable

Dans l'épisode précédent, nous avons appris que les vampires n'étaient pas seulement le fruit de l'imagination débordante des écrivains du XIXe siècle. Des légendes parlant de ces créatures existaient bel et bien et plongeaient leurs racines dans les croyances moyenâgeuses.

Maintenant, il est temps de poursuivre notre investigation et nous engager sur un chemin aussi tortueux que périlleux qui nous mènera au c½ur du Royaume de l'Obscur. À travers cette enquête, nous allons faire connaissance avec les habitants de ce sombre univers : mages, alchimistes, nécromants, morts-vivants, anges déchus et, finalement, le Prince des Ténèbres en personne, l'ultime adversaire. Au-delà des univers fictifs, nous découvrirons également les faits réels qui se dissimulent derrière les mythes et les légendes. Car, derrière chaque légende, se cache un fragment de réalité.

Le Dracula historique et le pacte avec le Diable

Dracula... Une créature redoutable, fourbe, vicieuse, l'archétype même d'un serviteur des Ténèbres - tel est le personnage qui naquit sous la plume de Bram Stoker à la fin du XIXe siècle. N'est-ce qu'un personnage de fiction, où bien l'écrivain s'était-il inspiré de faits réels ? Une chose est certaine : Dracula a réellement existé, et voici la légende associée avec son nom.

Le personnage historique s'appelait Vlad Tepes, connu également comme Vlad III, prince de Valachie (pays d'Europe centrale). I vécut au XVe siècle et succéda à son père, Vlad II, dont le surnom était Dracul, qui se traduit simplement par « le Dragon ». Ce surnom venait de celui de l'ordre de chevalerie auquel son père appartenait, l'Ordre du Dragon. Vlad III était donc connu comme le fils du Dragon, ou Draculea.

Rappelons que le milieu du XVe siècle, époque au cours de laquelle se déroulèrent les évènements de notre récit, était celle de l'apogée de l'Empire ottoman. Les relations entre cet empire et les pays de l'Europe centrale étaient des plus tendues. Elle est là, la clé de cette histoire. Le jeune Vlad avait été retenu en otage en Turquie et il avait carrément grandi à la cour de l'Empereur ottoman. La cruauté qui caractérisait le régime turc faisait partie de l'enseignement qui fut prodigué au futur maître de Valachie dès son enfance.

Passons sur les multiples péripéties de son accession au trône et parlons de l'épisode qui le rendit célèbre : la guerre avec l'Empire ottoman. Les sources historiques de l'époque présentent Vlad Draculea comme un dirigeant autoritaire, tyrannique et même sadique. Les pires horreurs étaient contées à son sujet, comme, par exemple, l'affirmation selon laquelle il trempait sa nourriture dans le sang encore frais de ses victimes.

La cruauté faisait partie de la vie quotidienne à cette époque moyenâgeuse, et on ne peut savoir pour sûr si la terrible réputation de Vlad III était justifiée. On sait, cependant, qu'il n'hésitait pas à torturer et exécuter des personnages ayant un statut social élevé, comme les marchands, les nobles et même les diplomates. Il était allé jusqu'à faire exécuter un ambassadeur turc, ce qui provoqua la colère de l'Empire ottoman.

Alors, une grande armée turque se mit en marche vers la capitale de Valachie avec l'intention d'annexer ce royaume et punir son souverain. Mais, lorsque l'armée arriva devant la ville, une vision d'horreur les attendait. Ce que virent les Turcs était une scène apocalyptique, une véritable hécatombe. Des milliers de corps avaient été empalés, formant ainsi ce que l'on appela la « Forêt de Pals ». D'après la légende, les envahisseurs crurent qu'ils étaient entrés sur les terres de Satan en personne, et décidèrent de rebrousser chemin.

Le Dracula historique et le pacte avec le Diable

C'est vraiment cet épisode qui marqua les esprits et qui contribua à la naissance de la légende de Vlad, surnommé l'Empaleur. Avait-il réellement fait un pacte avec le Diable, comme l'a suggéré Stoker dans son roman ? Rien ne permet vraiment de le penser. Lui-même se considérait sûrement comme un bon chrétien. Tout comme les croisés qui avaient exterminé les populations des villes entières, musulmans, juifs et chrétiens confondus. Tout comme les inquisiteurs, dont certains furent même canonisés par le Vatican, mais qui étaient, en réalité, des tortionnaires ayant passé leur vie à persécuter des gens pour des motifs essentiellement politiques.

Malgré tous ses efforts, Vlad l'Empaleur finit bien mal. Sa femme se suicida en se jetant du haut d'une tour. Quelques années après, Draculea connut le même sort que ses victimes, et sa tête finit au bout d'une pique turque.

Au final, l'histoire de Vlad l'Empaleur est avant tout celle de la cruauté humaine provoquée par une irrésistible soif de pouvoir. De ce point de vue, de nombreux personnages historiques partagent des points communs avec les vampires. Seul le sang de leurs victimes peut apaiser, temporairement, cette soif insatiable.
Aden A.
Tags : histoire, Moyen Âge, XIXe siècle, littérature, fantastique, vampires, Bram Stoker, romantisme noir, société
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#Posté le jeudi 25 novembre 2010 06:36

Modifié le vendredi 04 mars 2011 20:12

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