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Des poèmes et des ombres

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L'Art gothique et le mystère des cathédrales

Imposantes, mystérieuses, magnifiques, les cathédrales gothiques sont parmi les constructions les plus énigmatiques jamais érigées. L'art gothique est tel un poème figé dans la pierre ; quelle âme romantique pourrait rester insensible à cette poésie ? Qui étaient les bâtisseurs des cathédrales, et quels sont les secrets de ces temples moyenâgeux ?
L’Art gothique et le mystère des cathédrales
Le message caché des bâtisseurs de cathédrales

Dans son ouvrage Psychologie et alchimie, le psychanalyste Carl Gustav Jung explique que l'inconscient collectif s'exprime à travers l'art, en particulier l'art sacré. En d'autres termes, l'étude de l'art peut nous apprendre beaucoup au sujet de ce qui se dissimule dans notre inconscient !

L'art gothique présente nombre d'énigmes qui attendent encore d'être résolues. L'un des ouvrages que je peux vous conseiller est celui de J.-P. Bayard intitulé La Tradition cachée des cathédrales. Du Symbolisme Médiéval à la réalisation architecturale (Éditions Dangles, 2009). Ce livre a reçu de nombreux prix, dont celui de l'Institut de France et celui de l'Académie française. Bref, c'est du sérieux.

Voici un résumé des points qui me paraissent les plus intéressants :

---> Les bâtisseurs de cathédrales s'organisaient en confréries. Ces confréries perpétuaient des traditions remontant à l'Antiquité, et qui sont nées probablement en Égypte.

---> Ces traditions étaient considérées comme hérétiques par l'Inquisition. Pour cette raison, les bâtisseurs de cathédrales étaient obligés de dissimuler leurs messages sous forme de symboles.

---> La science moderne nous permet de décoder certains de ces symboles, et nous montre qu'ils sont souvent en relation avec l'alchimie, l'hermétisme et le gnosticisme. L'hermétisme est une philosophie née en Égypte à peu près à la même époque que le christianisme.

---> Les messages dissimulés dans l'art gothique ne sont pas seulement religieux. Ils sont l'expression de nos espoirs les plus profonds, de nos rêves les plus secrets, mais ainsi de nos cauchemars les plus terrifiants. Bref, ils sont le reflet de la face cachée de notre psychisme.

Quelques éléments de l'art gothique

L'art gothique n'a commencé à être appelé ainsi qu'à partir de la Renaissance. Avant, on l'appelait l'art ogival. Pourquoi ? Parce qu'il était basé sur l'utilisation d'une structure qu'on appelle l'ogive. L'invention de cette structure a révolutionné l'architecture au moyen-âge, puisqu'elle a permis de bâtir des édifices plus hauts, plus aériens, plus lumineux.

 


L’Art gothique et le mystère des cathédrales
L'utilisation de l'ogive a permis de réduire considérablement l'épaisseur des murs et de créer de grandes fenêtres qui ont été décorées de magnifiques vitraux. Du coup, contrairement aux édifices romans, les cathédrales gothiques sont remplies de lumière. On peut encore voir le contraste entre les deux styles architecturaux dans les églises où une partie gothique a été ajoutée à une partie romane préexistante. C'est le cas, par exemple, de la basilique Saint-Nazaire située dans la cité médiévale de Carcassonne.

Mais les cathédrales ont également un côté obscur et inquiétant. Il est illustré par les fameuses gargouilles dont les corps chimériques hérissent les murs de ces temples. Elles semblent exprimer la férocité, la peur, la souffrance. Tous les sentiments que nous considérons généralement comme négatifs. À ton avis, quelle est la véritable signification de ces sculptures ?

 


L’Art gothique et le mystère des cathédrales

 


Quelques mots sur un autre aspect important. Les bâtisseurs de cathédrales étaient fascinés par les mystères de la vie et de la mort. D'ailleurs, de nombreuses cathédrales possédaient des cryptes. Les symboles qu'on retrouve dans ces cryptes sont très intéressants. Dans la crypte de la cathédrale de Sienne (Italie), par exemple, j'ai vu de mes propres yeux des signes très étranges gravés sur les murs. Il y a des raisons de penser que cette crypte aurait pu servir de lieu de réunion aux alchimistes, et ce ne devait pas être une exception. Il est très probable qu'il existait des liens entre les confréries de bâtisseurs de cathédrales et les sociétés d'alchimistes.

 


L’Art gothique et le mystère des cathédrales
 
Pour en savoir plus
 
- J.-P. Bayard, La Tradition cachée des cathédrales. Du Symbolisme Médiéval à la réalisation architecturale, Éditions Dangles, 2009.
- Fulcanelli, Le Mystère des cathédrales et l'interprétation ésotérique des symboles hermétiques du grand ½uvre, Société Nouvelle des Éditions Pauvert, 1964. 
- C. Jacq, Le Message des constructeurs de cathédrales, Éditions du Rocher, 1980.
- C.G. Jung, Psychologie et alchimie, Buchet / Chastel, 1970. 
 L’Art gothique et le mystère des cathédrales(pour en savoir plus, clique sur l'image et suis le lien)

 


Articles associés

Histoire :
---> Hermétisme et alchimie dans l'art gothique
----> Montségur, l'ultime sanctuaire cathare
 
Littérature :
---> La théorie des ombres, roman

Poème :
---> Paul Verlaine - La cathédrale est majestueuse

Musique :
---> Carmina Burana
----> Le Moyen Âge et... le rock ?
~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~
Image de la crypte : ©Hakan Svensson, Wikimedia Commons.
Tags : gothique, cathédrales, histoire, Antiquité, Moyen Âge, alchimie, gnosticisme, hérésie, hermétisme, symbologie, Egypte, inconscient, Carl Jung
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#Posté le samedi 26 février 2011 15:40

Modifié le dimanche 24 février 2013 15:28

Amour romantique

À l'occasion de la fête de Saint Valentin, parlons de la forme d'amour la plus profonde, la plus envoûtante, la plus mystérieuse, la plus irrésistible : l'amour romantique.

 


Amour romantique


L'amour romantique est bien différent du simple désir physique, et il est également à l'opposé de ce qu'on appelle "l'amour intéressé". Dans le théâtre et la littérature, il est souvent associé avec le thème de l'amour impossible. Nous voilà face à un paradoxe : comment un sentiment aussi naturel que l'amour puisse-t-il être "impossible" ? Il n'est rendu impossible que par le carcan de certaines règles sociales, parfois totalement arbitraires et absurdes, qui sont autant d'obstacles sur le chemin du bonheur. Le thème de l'amour romantique est donc étroitement lié à celui de la liberté.
 
L'histoire de l'amour romantique
 
Bien souvent, nos ancêtres n'étaient pas libres de choisir l'amour de leur vie, car, dans la plupart des cas, les mariages étaient arrangés. Mais alors, y avait-il une place pour l'amour romantique dans les sociétés des siècles passés ? Heureusement, la réponse est oui, et l'évidence nous provient de sources très diverses, comme les mythes, les pièces de théâtre, la musique, la poésie et la littérature.
 
Les premiers exemples de l'amour romantique (dans le sens amour spirituel, car le terme "romantique" n'est utilisé que depuis le XIXe siècle) apparaissent dans la mythologie grecque, puis dans les tragédies grecques. Souvenons-nous de la légende, aussi belle que tragique, où Orphée se rend aux Enfers pour essayer de ramener à la vie sa bienaimée, Eurydice. Dans ce mythe, nous retrouvons déjà les thèmes qui seront abordés deux millénaires plus tard par les écrivains et poètes du mouvement romantique : la perte d'un être cher, un amour qui, de par son intensité et profondeur, transcende même la mort, la révolte contre un destin implacable, mais, également, l'impossibilité de vaincre ce destin.
 
À l'époque de l'Empire romain et durant les Siècles Obscurs, l'amour romantique prend plus de mille ans de congé. L'amour n'était pas mort, bien sûr, mais il n'était plus célébré de la même manière que dans la Grèce antique. Que ce soit dans l'Empire romain ou dans la société féodale, la place de la femme n'était guère enviable. Cependant, les choses commencent à changer peu à peu à partir du XIIe siècle, notamment avec les troubadours, les bardes de la fin'amor, l'amour courtois. La femme devient alors bien plus qu'un objet de désir ; elle est idéalisée, érigée sur un piédestal. Le preux chevalier doit maintenant mériter les faveurs de la dame, accomplir des exploits en son nom.
 
L'époque des troubadours s'achève au XIVe siècle, mais, par la suite, la Renaissance prend la relève avec, notamment, la (re)apparition du théâtre. Citons les dramaturges comme Corneille, Racine et, bien sûr, Shakespeare ! Dans l'une de ses pièces les plus célèbres, Roméo et Juliette, ce dernier conte un drame qui deviendra l'archétype de l'histoire d'amour impossible. Mais qu'est-ce qui rendait cet amour impossible, sinon la haine entre deux clans rivaux ? Voilà un excellent exemple où l'amour entre en conflit avec les réalités de la société.
 
Les écrivains des siècles suivants, en particulier ceux du XIXe siècle, continueront à développer ce thème. L'amour, même lorsqu'il va à l'encontre des conventions sociales, pourra-t-il enfin s'épanouir sous la plume des auteurs romantiques ? Rien n'est moins sûr. Souvenons-nous, par exemple, de Notre Dame de Paris (1831) de Victor Hugo, où l'amour conduit, de nouveau, à la tragédie. Pour Dostoïevski, en revanche, l'amour apparaît comme une force éminemment positive, et cette force, d'après lui, pourrait même sauver l'humanité ! Pour d'autres écrivains, comme George Sand, l'amour devient libératrice, rebelle, parfois jusqu'au scandale.
 
L'autre domaine artistique très propice à la célébration de l'amour est, bien évidemment, la poésie. Là encore, Victor Hugo est l'une des références majeures, mais il y en a beaucoup d'autres, bien sûr : Musset, de Lamartine, et même Baudelaire. Ce dernier n'est pas spécialement connu pour avoir écrit sur l'amour, mais il a quand même consacré quelques très beaux poèmes à ce noble sentiment (en voici un exemple).
 
L'amour romantique peut-il survivre dans la société de consommation ?
 
Disons-le franchement, la société de consommation n'est pas un terreau très fertile pour l'épanouissement de l'amour romantique. Dans le monde du XXIe siècle, même l'amour est devenu une marchandise. La Saint Valentin s'est transformée en une fête commerciale, et, partout, on est submergé par la pub vantant toute sorte de produits et services sans lesquels, bien évidemment, l'amour heureux ne pourrait exister. Mais oui, bien sûr.
 
Autant le dire tout de suite, le romantisme ne se réduit pas à un dîner aux chandelles. Non. Le romantisme est avant tout dans la profondeur et l'authenticité des sentiments, pas dans le décor. Le véritable amour n'a pas besoin de preuves, et encore moins de cadeaux. L'amour est, en soi, le plus beau cadeau qui puisse être offert.
 
Alors, chers amis, arrêtons d'aimer avec notre porte-monnaie ! Nous avons un c½ur et un esprit pour ça. Personnellement, je trouve qu'un poème est le meilleur cadeau qu'on puisse offrir à quelqu'un qu'on aime. Si cette personne a besoin de cadeaux plus "matériels" en tant que preuve d'amour, c'est que vos relations sont bâties sur du sable. Autant le savoir de suite avant de s'engager dans une relation durable. Sinon, la désillusion viendra un jour ou l'autre, inévitablement.
 
Littérature contemporaine
 
Ne nous attardons pas sur la continuelle avalanche de bouquins d'une médiocrité criante qui nous vendent des histoires d'amour insipides, et sous laquelle la société de consommation moderne nous noie. Bref. C'est pas ce qui nous intéresse ici. Nous, on aime la "mauvaise" littérature. Genre, celle qui parle de vampires, elfes et autres sorciers !
 
En parlant d'amour romantique, l'histoire qui me vient immédiatement à l'esprit est celle d'Arwen et Aragorn dans le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Arwen est une elfe, alors qu'Aragorn est humain. Les elfes s'apprêtent à quitter les Terres du Milieu et partir pour des terres lointaines. Alors, Arwen fait face à un terrible conflit intérieur : doit-elle partir avec les siens, ce qui signifie quitter pour toujours son bienaimé, ou bien rester avec lui, et se séparer à tout jamais de son peuple ? Voilà un autre exemple où les sentiments entrent en conflit avec les réalités sociales.
 
Musique contemporaine
 
L'amour romantique a beaucoup influencé de nombreux groupes de musique contemporaine. La liste serait trop longue à dresser ! Dans le domaine du rock, on pourrait citer Évanescence, Muse, U2, R.E.M, The Cure, Pearl Jam, Nickelback, Lifehouse, Dashboard Confessional, Oasis et beaucoup d'autres. Pour le métal, ce sont surtout les groupes de métal alternatif. Le "love metal" est même devenue la spécialité du groupe H.I.M. Le métal symphonique n'est pas en reste, avec, entre autres, Within Temptation ou Tarja.
 
Conclusion
 
Des légendes grecques jusqu'aux chansons des groupes de rock modernes, en passant par les pièces de Shakespeare et les ½uvres des écrivains et poètes du XIXe siècle, l'amour romantique nous a toujours inspiré, fasciné, nous a fait pleurer, parfois de joie, parfois de tristesse. Mais une chose est certaine : la thématique de l'amour fatal ne peut nous laisser indifférents. Roméo et Juliette meurent avec chaque nouvelle génération pour renaître avec la suivante et, tant que l'humanité existera, l'amour triomphera toujours de la mort.
 
 
-- Poèmes -------------------------------- Chansons

Théophile Gautier – À deux beaux yeux ------------------------- H.I.M – Join Me In Death
-- Victor Hugo – Apparition -------------------- Within Temptation – Somewhere
Charles Baudelaire – Hymne ------------------------------- Evanescence – Anywhere --------
Victor Hugo – À celle qui est voilée ----------------- Nickelback – Far Away

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~
Image : www.theonering.com
Tags : amour romantique, histoire, Antiquité, Moyen Âge, Renaissance, XIXe siècle, mythologie, poésie, Victor Hugo, Charles Baudelaire, littérature, Dostoïevski, George Sand, musique, Evanescence, Within Temptation, Tarja, théâtre, liberté, société
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#Posté le samedi 12 février 2011 12:40

Modifié le vendredi 08 février 2013 19:28

Hermétisme et alchimie dans l'art gothique

Dans l'article L'Art gothique et le mystère des cathédrales, nous avons parlé des bâtisseurs de ces monuments médiévaux et de leurs croyances. Nous avons vu que, bien qu'étant chrétiennes, ces croyances ont été largement influencées par l'alchimie, l'hermétisme et le gnosticisme. Intéressons-nous maintenant à cette ancienne philosophie qu'est l'hermétisme, au rôle qu'elle a joué dans l'émergence de l'alchimie et à son influence sur l'art gothique et la poésie, notamment chez Baudelaire.

Hermétisme et alchimie dans l’art gothique

La première chose qui m'a frappé lorsque je visitais les cathédrales d'Italie, c'était l'atmosphère insolite qu'elles dégageaient. Lorsqu'on entre dans l'un de ces édifices, on a l'impression de pénétrer dans un temple égyptien. Ces colonnes où les marbres blancs s'alternent avec les noirs, l'ambiance mystérieuse, voire mystique qui règne sous sa coupole constellée d'étoiles, la forme générale de l'édifice qui fait penser à l'ankh, la croix égyptienne...

Dans la cathédrale de Sienne, un bien étrange pavement accueille les visiteurs. Il représente Hermès Trismégiste l'Égyptien, le fondateur mythique de l'hermétisme, qui aurait vécu au IIIe siècle avant J.-C. Même si ce personnage n'a probablement jamais existé, les écrits hermétiques, eux, sont tout à fait réels et ont été regroupés dans une compilation qui porte le nom de Corpus Hermeticum.

Qu'est-ce que l'hermétisme ?

C'est une philosophie théologique née en Égypte qui s'est inspirée d'au moins trois traditions différentes : le platonisme, le judaïsme et l'ancienne religion égyptienne. Difficile de savoir quelle était exactement la période de rédaction des textes qui ont été inclus dans la Bible hermétique, le Corpus Hermeticum, mais on suppose que cette rédaction a été faite à peu près en même temps que celle des Évangiles de la Bible chrétienne. L'hermétisme est une branche du gnosticisme, ancienne philosophie dont les origines remontent aux philosophes grecs tels que Pythagore et Platon.

L'hermétisme a connu un destin complexe. Accusée d'hérésie, de même que les autres courants gnostiques, cette philosophie a été bannie de l'Empire romain au IVe siècle. Il faut dire que le même sort attendait tous les autres courants philosophiques, et les penseurs qui refusaient d'adhérer aux dogmes de l'Église dominante n'avaient d'autre choix que de se réfugier au Moyen-Orient.

Au VIIIe siècle, Bagdad devient l'un des centres intellectuels les plus importants du monde. Là, l'hermétisme continue à prospérer et donne naissance à une proto-science qui aura par la suite une influence déterminante sur l'évolution de la société occidentale, à savoir, l'alchimie. Certes, certains de ses procédés étaient connus depuis longtemps, mais l'alchimie a véritablement émergé en tant que discipline grâce aux penseurs du monde arabo-musulman des VIIe-VIIIe siècles.

L'alchimie pénètre en Europe au XIIe siècle, peut-être même avant, dès l'an mil, et apporte les idées hermétiques. Il faudra cependant attendre la Renaissance italienne pour que l'engouement des élites intellectuelles pour cette philosophie atteigne son paroxysme. Les trois noms à retenir ici sont Marsile Ficin, qui traduit le Corpus Hermeticum en 1463, Jean Pic de la Mirandole et Giordano Bruno. Ce dernier étudie l'hermétisme d'une manière aussi exhaustive que possible et en extrait les principes les plus importants afin de bâtir un système philosophique cohérent. Ainsi, il est parmi les premiers dans l'histoire à réaliser que les étoiles sont de lointains soleils, et ce non pas grâce à des observations astronomiques, mais principalement grâce à la philosophie. Cependant, l'audace dont ce penseur fait preuve le place sur une trajectoire de collision avec l'institution la plus puissante de la Renaissance, l'Inquisition ! Après des années de détention et de procès, il est brûlé vif pour hérésie en 1600.

Si les rationalistes des XVIIe et XVIIIe siècles rejettent l'hermétisme, cette philosophie trouve néanmoins un accueil plus favorable dans les milieux artistiques et inspire les peintres et les compositeurs. L'exemple le plus connu est l'½uvre musicale La Flûte enchantée de Mozart (1791). Au XIXe siècle, ce sera au tour de la littérature et de la poésie d'adopter les idées hermétiques, notamment dans le cadre du symbolisme sous la plume de Baudelaire, Rimbaud et Mallarmé.

L'alchimie et le remède contre le Mal

Imaginez un vaccin qui pourrait nous immuniser contre la maladie, prolonger notre existence pratiquement indéfiniment et, en même temps, nous débarrasserait du mal moral ! Voilà le rêve que poursuivaient les alchimistes. Contrairement à l'idée couramment répandue, ceux qui pratiquaient l'alchimie au cours des siècles ne cherchaient pas à transformer le plomb en or. Du moins, tel n'était pas leur objectif final. C'était plutôt une couverture qui leur permettait de dissimuler leurs véritables intentions des yeux d'un public fort suspicieux vis-à-vis de toute activité qui ne soit pas parfaitement orthodoxe.

Hermétisme et alchimie dans l’art gothique
Les alchimistes étaient avant tout des philosophes qui cherchaient à créer un élixir pouvant corriger les imperfections humaines. La maladie, le vice et même la mort figuraient sur la longue liste de ces imperfections. Tout comme les hermétistes et autres gnostiques, les alchimistes ne croyaient pas que le Mal soit la conséquence du péché originel (voir article Les origines du Mal). Pour eux, le monde matériel n'est que l'ombre de l'univers divin, idéel, dans lequel toute chose était vouée à la corruption et la destruction. Cependant, ils pensaient que certaines substances échappaient à la corruption, l'or étant l'une d'elles. Puisque ce métal ne rouillait pas, il était considéré comme "parfait", "pur". Donc, les alchimistes croyaient que s'ils arrivaient à transformer un métal commun et or, ils arriveraient à transformer le corps humain suivant le même processus et le rendre parfait !

Cette idée peut nous faire sourire, sauf que les psychanalystes comme Carl Jung ont fait une observation qui devrait nous faire réfléchir. L'alchimie semblait fonctionner un peu sur le même principe que la psychothérapie. En réalité, les transformations chimiques des matériaux de laboratoire n'étaient pas au centre des préoccupations de ceux qui cherchaient la pierre philosophale, car l'alchimie était avant tout une discipline spirituelle. En transformant diverses substances, c'est leur esprit qu'ils cherchaient à transformer. En cela, l'alchimie se rapprochait de la "magie naturelle" telle qu'elle était pratiquée depuis l'antiquité par les druides, les chamanes et les cabalistes. D'ailleurs, certains illustres penseurs de la Renaissance s'étaient intéressés à la fois à l'alchimie et la magie.

L'importance historique de l'alchimie et de la "magie" n'est pas à sous-estimer. Sans elles, la société moderne ne pourrait simplement pas exister. Ces proto-sciences ont donné naissance à la chimie, la pharmacologie et même à l'astronomie (l'observation des astres ayant été également très importante dans la pratique de ces proto-sciences). Leur influence sur la société et la culture en général était décisive, puisque nous leur devons la notion des droits de l'homme, rien que ça ! Mais c'est là un autre sujet auquel je devrais consacrer un article. Et maintenant, parlons de l'influence de l'alchimie sur l'art gothique.

L'alchimie et l'art gothique

Dans un article précédent, L'Art gothique et le mystère des cathédrales, nous disions que les bâtisseurs des cathédrales s'organisaient en confréries qui fonctionnaient comme des sociétés initiatiques. Nous parlions également des messages cachés qu'ils nous auraient laissés à travers leur art et, armés des connaissances historiques que nous possédons actuellement, nous pouvons enfin commencer à les décoder.

Loin de moi l'idée de faire une liste exhaustive de tous les symboles alchimiques et hermétiques que nous trouvons dans les églises et les cathédrales, je le ferais peut-être sur un site dédié. Ici, je ne donnerai que quelques exemples.

L'un des symboles gnostiques et alchimiques le plus typiques est l'ouroboros, le dragon qui se mord la queue. Ce symbole représente l'éternel renouvellement de la nature, un concept très important pour l'alchimiste, car c'est grâce à ce principe qu'il espérait trouver la pierre philosophale pouvant donner l'éternelle jeunesse. Pour le scientifique que je suis, cette représentation est d'autant plus intéressante qu'elle évoque le cycle cellulaire. En effet, si les cellules de notre corps pouvaient se diviser à l'infini, au lieu d'être programmées pour ne faire qu'un nombre limité de divisions, nous pourrions peut-être vivre pendant des siècles ! C'est en ce moment un domaine de recherche très prometteur, vous voyez donc que les idées des alchimistes n'étaient pas toujours si absurdes que ça. Ils n'avaient pas les connaissances scientifiques pour atteindre leur but, mais ils avaient souvent raison sur la théorie.

Hermétisme et alchimie dans l’art gothique

Voici quelques exemples d'ouroboros dans les églises et cathédrales : la statue de la cathédrale de Milan qui représente l'Éternité tenant un ouroboros dans la main (haut à gauche) ; bas-relief sur le mur du château de Ptuj en Slovénie (bas à gauche) ; détail d'un relief qu'on voit au-dessus de l'une des portes de l'église Saint Mary and Saint David à Kilpeck, Angleterre (bas à droite) ; bas-relief sur la porte d'entrée de la cathédrale de San Michele Arcangelo à Campania, Itale (non montré, mais vous pouvez facilement trouver des photos sur le net).

Les représentations des penseurs grecs, notamment de Pythagore, sont également très significatives. Par exemple, nous trouvons un bas-relief représentant ce philosophe sur le portail royal de la cathédrale de Chartres. Notre-Dame de Paris n'est pas en reste, où l'on a identifié une trentaine de représentations relatives à l'alchimie et au Grand ¼uvre, processus par lequel les alchimistes pensaient pouvoir créer la pierre philosophale (Fulcanelli, Le Mystère des cathédrales et l'interprétation ésotérique des symboles hermétiques du grand ½uvre).

Mais le lien le plus important entre l'art gothique et l'alchimie, c'est la verticalité. La légèreté et l'impression d'élévation sont les caractéristiques les plus importantes de l'architecture des cathédrales. Elles évoquent l'ascension de l'esprit vers le ciel, vers la lumière, et en cela elles rejoignent l'alchimie, qui est, justement, la quête de l'élévation spirituelle.

L'alchimie dans la poésie

Comme précisé plus haut, les trois noms à retenir lorsque nos parlons d'hermétisme dans la poésie sont ceux de Baudelaire, de Rimbaud et de Mallarmé. Les mots tels que "alchimie" ou "Hermès" n'apparaissent que rarement, l'hermétisme étant présent, comme chez tout alchimiste qui se respecte, sous une forme cryptique. Le poème qui fournit la clé de cet étrange et improbable univers du symbole est Alchimie de la douleur de Baudelaire.

Je dois avouer que c'est l'un des poèmes les plus puissants que j'ai jamais lus, tout le drame du genre humain est résumé en 14 vers seulement ! La phrase clé est probablement « Par toi (Hermès) je change l'or en fer Et le paradis en enfer ». Nous parlons bien ici du thème central du romantisme noir qui est la déchéance, puisque nous voyons l'homme procéder à une sorte d'alchimie inversée. Si la transformation du fer en or est le symbole de l'élévation spirituelle, l'inverse ne peut signifier que la chute. La référence à Midas, plus tôt dans le poème, est très symbolique, car c'est le personnage de la mythologie grecque qui transformait tout ce qu'il touchait en or, devenant ainsi le symbole de la cupidité. Nous n'avons qu'à regarder notre monde contemporain pour constater à quel point Baudelaire avait raison : la cupidité de l'homme est bien capable de transformer n'importe quel paradis en enfer (voir l'article Les origines du Mal).

Enfin, la conséquence de l'acte destructeur de l'homme est claire :

Dans le suaire des nuages
Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.


Ces vers prennent une signification particulièrement prophétique et sinistre à l'heure où les activités humaines sont en train de changer la composition chimique de l'atmosphère terrestre. Le pétrole et le charbon nous tueront plus lentement, mais tout aussi sûrement qu'un conflit nucléaire global.

L'alchimie dans la culture contemporaine

Les références à l'alchimie dans la culture contemporaine sont nombreuses, principalement dans la littérature. L'alchimiste de Paulo Coelho est un best-seller mondial, et l'hermétisme a été invité dans nombre de romans populaires, principalement historico-ésotériques. Pour parler de la littérature plus "sérieuse", souvenons-nous de L'¼uvre au noir de Marguerite Yourcenar (c'était l'époque où existait encore une littérature de qualité, qui se fait, hélas, de plus en plus rare...)

La situation dans le domaine musical semble plus complexe, car l'alchimie et l'hermétisme sont rarement mentionnés dans les paroles des chansons ou les titres des albums. Cependant, il y a fort à parier que l'alchimie a joué un rôle au moins indirect dans la musique moderne. Certains groupes de la darkwave et du rock gothique ont abordé des sujets qui se rapprochent de l'hermétisme. Le métal n'est pas en reste, l'ésotérisme étant l'un des thèmes majeurs de ce genre musical. Un groupe en particulier me vient à l'esprit, Therion, car les compositeurs de ce groupe semblent bien maitriser leur sujet lorsqu'ils abordent des thèmes mythologiques et "hérétiques".
 
L'esprit de la quête propre à l'alchimie et à l'hermétisme continue donc de vivre et de s'exprimer à travers l'art, trouvant dans la culture le moyen de se renouveler sans cesse à l'image de l'ouroboros.
 
Références

- J.-P. Bayard, La Tradition cachée des cathédrales. Du Symbolisme Médiéval à la réalisation architecturale, Éditions Dangles, 2009.
- Fulcanelli, Le Mystère des cathédrales et l'interprétation ésotérique des symboles hermétiques du grand ½uvre, Société Nouvelle des Éditions Pauvert, 1964.
- S. Hutin, Les Alchimistes au Moyen Âge, Librairie Hachette, 1977.
- C. Jacq, Le Message des constructeurs de cathédrales, Éditions du Rocher, 1980.
- C.G. Jung, Psychologie et alchimie, Buchet / Chastel, 1970.
- F.A. Yates, Giordano Bruno et la tradition hermétique, Dervy-Livres, 1988.
Tags : gothique, cathédrales, histoire, Antiquité, Moyen Âge, Renaissance, XIXe siècle, alchimie, gnosticisme, hérésie, hermétisme, symbologie, Egypte, inconscient, Carl Jung, poésie, littérature, musique, Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé, Inquisition, Giordano Bruno, enfer, magie, romantisme noir, Therion
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#Posté le mercredi 15 juin 2011 15:56

Modifié le lundi 25 février 2013 16:30

Les origines du Mal

Très tôt dans l'histoire de l'humanité, nos ancêtres avaient réalisé qu'aucune société ne pouvait se passer d'un certain nombre de règles. Toute organisation sociale demandait non seulement une structure, mais aussi un ensemble de lois morales. Dès lors, la distinction entre le Bien (comportement conforme à l'éthique) et le Mal (comportement néfaste pour la société) a été établie. Tout au long de l'histoire, une question fondamentale s'est posée : le Bien et le Mal sont-ils universels, ou bien ne sont-ils que l'invention de l'esprit humain ? Une question sociale s'est donc vue transformée en l'un des problèmes métaphysiques majeurs, celui de l'existence d'un Mal cosmique. Comme nous le verrons, à travers les religions, les mythologies et la philosophie nos ancêtres ont donné des réponses très différentes à cette question, et certaines de ces réponses sont surprenantes. Et si le monde n'avait été créé par Dieu, mais par Satan ?
 
Les origines du Mal


Au XXIe siècle, le Mal nous fascine toujours autant, non sans raison, puisque nous le voyons émerger de l'obscurité dans laquelle la civilisation moderne a essayé de le reléguer. Multiforme, il nous guette, toujours tapi dans l'ombre, tel un prédateur affamé attendant que sa victime relâche sa vigilance pour fondre sur elle et lui planter ses crocs dans la gorge. Criminalité, tensions ethniques, racisme, terrorisme, atteinte aux droits de l'homme, destruction du tissu même de notre société par la machine implacable qu'est l'économie mondiale, crise écologique, guerres... C'est l'ensemble de notre civilisation qui tremble sur ses bases. Des bases qui, finalement, semblent bien moins solides que les générations précédentes l'avaient pensé. Dans ce climat d'incertitude et de paranoïa, où les termites de la cupidité et de l'égocentrisme continuent à saper insidieusement les fondations d'une construction déjà durement éprouvée par les crises financières, économiques et politiques, notre société présente une cible de plus en plus facile pour cet inlassable carnassier qu'est le Mal.
 
Qu'est-ce que le Mal ?
 
Au XXIe siècle, notre vision du Mal est encore largement influencée par les religions. Même si la notion des Péchés capitaux n'est pas explicitement exprimée dans la Bible, elle fait néanmoins partie de la tradition religieuse occidentale. Ces péchés sont au nombre de sept : l'avarice, la colère, l'envie, la gloutonnerie, la luxure, l'orgueil et la paresse. Nous constatons que ces vices sont loin d'avoir été éradiqués, puisqu'ils continuent à sévir dans toutes les sociétés du monde, quel que soit le degré de « religiosité » de ces sociétés.
 
L'avarice est responsable de la crise financière et économique que nous traversons. La colère cause les guerres, toujours aussi nombreuses de nos jours que dans l'Antiquité, ainsi que l'instabilité sociale. L'envie pousse les individus à gravir l'échelle sociale, faisant parfois des compromis douteux avec leur conscience, et favorise également la criminalité, la plaie qui gangrène toutes les grandes villes du monde. La gloutonnerie est responsable de maladies telles que l'obésité et le diabète qui constituent de graves problèmes de santé. La luxure a envahi Internet, où deux tiers des sites sont consacrés à la pornographie. L'orgueil, quant à lui, est l'ennemi de la lucidité et nous pousse à surexploiter les ressources de notre planète, causant ainsi la crise écologique. Enfin, la paresse nous conduit à mener des vies ternes dominées par le culte du futile.
 
L'enfer n'est plus un territoire appartenant à un autre monde, comme les anciens Grecs l'avaient imaginé. L'enfer, nous le voyons tous les jours, à travers les médias ou même de nos propres yeux. Les médias nous abreuvent quotidiennement de récits de crimes les uns plus atroces que les autres, souvent commis par des gens qui semblaient tout à fait ordinaires avant leur passage à l'acte. Le suicide et l'overdose sont parmi les premières causes de mortalité chez les jeunes dans les sociétés dites développées. Et que dire alors des pays du Tiers-monde, des guerres, des conflits ethniques, de la famine, des dictatures sanguinaires, de l'exploitation des enfants, du tourisme sexuel, des catastrophes écologiques ?
 
Les origines du Mal
 
Que nous soyons croyants ou non, nous ne pouvons nier l'existence du mal. Il s'agit certainement d'un phénomène à multiples visages, mais ses conséquences sont toujours très concrètes. Ce sont à chaque fois des vies brisées, des familles détruites, un immense gâchis au niveau des individus, des communautés et même des nations entières. Les exemples de la Yougoslavie, du Rwanda ou de l'Irak sont suffisamment éloquents. Nous devons nous rendre à l'évidence : aucun pays, aucun État n'est à l'abri des griffes du Mal.
 
Le Mal vu par les mythologies et les religions préchrétiennes


Difficile de déterminer exactement la période historique et l'endroit où naquit la notion du Mal. Au moins trois cultures peuvent revendiquer la paternité de ce concept. L'hindouisme, religion développée par la civilisation de l'Indus, parle des sept régions infernales (patala) situées dans la partie inférieure de « l'½uf cosmique » et habitées par des démons. C'est là que finissent les âmes dont le karma est tellement alourdi par les mauvaises actions qu'ils ne sont plus capables de continuer leur cycle de réincarnations.
 
Par la suite, le zoroastrisme issu du Moyen-Orient ira plus loin puisqu'il proclamera l'existence d'un dieu unique, Ahura Mazdâ, représentant la Lumière, et une force qui lui est opposée, Angra Mainyu, représentant, ô surprise ! les Ténèbres (résumé très simpliste dont nous allons nous contenter pour le moment). Ainsi, le Diable est né !
 
Dans la religion juive, nous trouvons un autre personnage intéressant : Satan. Il ne s'agit pas encore du Prince des ténèbres, de l'incarnation du Mal. C'est plutôt l'adversaire, l'accusateur. Il n'est pas opposé à Dieu, c'est un fonctionnaire tout ce qu'il y a de plus fidèle ayant un rôle spécifique dans la machine judiciaire de l'Au-delà, un exécuteur du plan divin.
 
Ce sont les esséniens, auteurs des manuscrits de Qumran, qui vont établir le parallèle entre les deux personnages. À partir de ce moment, le décor est planté : la Terre devient un vaste champ de bataille entre les Fils de la Lumière et les Fils des Ténèbres. Le christianisme primitif, fortement influencé par le mouvement essénien, va hériter de cette vision du monde. Les courants du christianisme originel appelés gnostiques cultiveront par la suite le dualisme et, s'appuyant sur la philosophie platonicienne, aboutiront à une bien étrange question : et si le monde avait été créé par le Diable ?! Nous y reviendrons.
 
Le Paradis perdu


Le Paradis perdu (1667) de John Milton est un poème épique qui conte l'histoire de l'apparition du Mal tel qu'elle était vue traditionnellement par le christianisme romain (la version « officielle » donc) : Satan, qui était à l'origine l'un des anges les plus proches de Dieu, se rebelle contre son créateur. Il rassemble une armée qui finira par regrouper un tiers de tous les anges, alors que les deux autres tiers resteront fidèles à Dieu. Cependant, la révolte est écrasée, le pouvoir divin se révélant infiniment supérieur à celui de Satan, et l'ange rebelle ainsi que tous ses complices sont précipités dans les abîmes infernaux. Dorénavant, ce cloaque de la création qu'est l'enfer deviendra une sorte de réserve pour les déchus (un peu comme les réserves indiennes dans la plus grande démocratie du monde moderne – comme quoi, on reste dans la tradition).
 
Les origines du Mal
Satan décide alors de se venger de Dieu, mais comment faire ? Il réussit à s'échapper des enfers grâce à la complicité de la Mort, gardien des portes de l'Au-delà, et se rend dans un monde parallèle que Dieu vient juste de créer. Il s'agit d'une sorte de jardin paradisiaque où tous les animaux sont gentils et passent leur temps à faire des numéros de cirque pour divertir les nouveaux chouchous du Seigneur : Adam et Ève. Vous l'avez compris, on parle bien du fameux Jardin d'Éden.
 
La suite, on la connaît. Satan se transforme en serpent et convainc la bonne poire qu'est la compagne du premier être humain de manger la pomme de l'arbre défendu, celui de la connaissance du Bien et du Mal. Le premier couple se laisse donc tenter et transgresse ainsi le commandement de Dieu. Ce dernier se met en une colère effroyable (comme quoi même le Seigneur ne serait pas immunisé contre le péché !) et condamne non seulement Adam et Ève, mais l'ensemble de la création, à la déchéance. Dorénavant, les êtres humains seront mortels, devront se reproduire, naîtront tous pêcheurs et ne pourront connaître la volonté de Dieu (très pratique pour les ecclésiastiques, qui auront tout le loisir de nous expliquer ce que le Maître des cieux veut de nous...) De plus, toutes les espèces animales et végétales connaîtront le même sort, et c'est ainsi qu'apparaitra la prédation.
 
Et voici la conclusion : le Mal a été introduit dans le monde à cause de la désobéissance d'Ève et d'Adam à la volonté divine. « Une pomme, deux poires et tous les pépins pour nous ! » Que ce soit dans le cas de Satan ou celui du premier couple humain, la vision chrétienne officielle est claire : à l'origine du Mal était la révolte. Souvenons-nous-en lorsque nous fêterons le 14 Juillet ou irons à une manif'.
 
Bienvenue en enfer !


Voici maintenant la vision de la genèse des gnostiques, radicalement différente, comme nous allons le constater. Poursuivant la pensée des esséniens et puisant également dans les travaux des philosophes grecs comme Pythagore, Platon et Aristote, ils ont fait remarquer qu'il est illogique de penser qu'un Dieu infiniment bon ait pu créer le principe du Mal. Ce principe devait donc exister indépendamment de celui du Bien. Puisque notre monde est imparfait, corrompu par le Mal, ils en ont donc déduit qu'il n'avait pu être créé que par un « artisan » imparfait, le démiurge.
 
Qui est ce démiurge ? Il apparait dans les ½uvres de Platon en tant que créateur du monde « sensible », le monde matériel. Ne rentrons pas dans les détails philosophiques, disons simplement que, chez les gnostiques, ce démiurge devient le « dieu aveugle », un ange qui a voulu imiter son créateur et générer un monde à l'image de l'univers divin (supposition qui découle de la théorie des Idées de Platon). Seulement, pour créer ce monde, il a puisé non dans la Lumière, comme l'a fait le Dieu bon, mais dans les Ténèbres.
 
Les origines du Mal
Chez Platon, le Mal n'est que la résistance passive de l'informe, alors que chez les chrétiens il devient un principe actif. Certains mouvements chrétiens dits hérétiques du Moyen-Âge, en particulier celui des cathares, iront jusqu'à supposer que le démiurge n'était autre que Satan ! La rébellion de cet ange turbulent ne se serait donc pas exprimée par une révolte armée, mais par la création d'un monde calqué sur l'univers immatériel divin. Cependant, le Mal est entré dans le monde matériel dès l'instant de sa création, puisque ce monde est né d'une substance impure.
 
Suivant cette vision, l'enfer n'existe pas. L'enfer, nous y sommes, il est sur Terre ! « Je me crois en enfer, donc j'y suis, » écrivait Arthur Rimbaud dans Une Saison en enfer.
 
L'hérésie gnostique a été impitoyablement combattue par le christianisme romain depuis l'Antiquité, mais il a fallu l'invention de la plus redoutable machine d'investigation et de répression de l'histoire pour en finir une fois pour toutes avec l'hérésie. Il s'agit, bien sûr, de l'Inquisition ! On peut se demander si, parfois, le remède ne serait pas pire que le mal.
 
Bibliographie
 
Littérature et poésie :
Dante Alighieri – Divine Comédie (en particulier Inferno)
John Milton – Le Paradis perdu
Arthur Rimbaud – Une Saison en enfer
Charles Baudelaire – Les Fleurs du mal
 
Essais :
N. Benazzi et M. d'Amico, Le Livre Noir de l'Inquisition, Bayard Éditions, 2000.
J. Daniélou, Les manuscrits de la mer Morte et les origines du christianisme, Éditions de l'Orante, 1957.
G. Minois, Les Origines du Mal, une histoire du péché originel, Librairie Arthème Fayard, 2002.
M. Roquebert, L'Épopée cathare, Éditions Perrin, 1998.
 
Articles associés

Société :
---> Mort d'Oussama Ben Laden : la fin du "grand Satan" ?
 
Poème :
---> Charles Baudelaire - Les Litanies de Satan

Musique :
---> Evanescence, les chroniques de la chute
----> Dead Can Dance
-----> Inkubus Sukkubus
------> Paradise Lost
 
Tags : histoire, Antiquité, Moyen Âge, Renaissance, mythologie, Inquisition, gnosticisme, hérésie, cathares, poésie, Charles Baudelaire, John Milton, Dante, Arthur Rimbaud, littérature, enfer, paradis perdu, révolte
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#Posté le jeudi 12 mai 2011 05:38

Modifié le lundi 25 février 2013 16:48

Therion, pionnier du metal symphonique

Therion est au métal symphonique ce que Theatre of Tragedy est au métal gothique. Ce groupe a joué un rôle clé dans l'émergence du métal sympho, on pourrait même dire qu'il a défini les standards de ce style musical, notamment dans le domaine de l'utilisation des ch½urs. La musique de Therion peut être vue comme le métal symphonique dans sa forme la plus pure et la plus reconnaissable.

Certes, Therion n'est pas le groupe de métal sympho le plus connu, peut-être, tout simplement, parce qu'il ne cherche pas la célébrité à tout prix. Therion a un visage qui lui est propre, et ne fait pas de compromis. Les membres de ce groupe font de la musique exactement comme ils l'entendent, sans chercher à séduire le grand public. En même temps, ils peuvent toujours compter sur le soutien de leurs fidèles, et ils le leur rendent bien. Tous ceux qui ont assisté à un concert de Therion le confirmeront : ce groupe a un excellent contact avec son public. Le fondateur du groupe, Christofer Johnsson, a un charisme indéniable, et chaque concert de Therion est une expérience profondément jouissive.

Therion, pionnier du metal symphonique

♫ Groupe suédois fondé en 1987 par Christofer Johnsson
♫ Inspirations : mythologie, musique traditionnelle, rock et métal (heavy, death, power)
♫ Style musical : death metal (1987-1995), métal symphonique (1996-présent) d'une grande richesse musicale, chant masculin, chant soprano, ch½urs.
Métal symphonique ♫♫♫ ; chant lyrique féminin ♫♫ ; speed metal ♫ ; death metal +/- (suivant les albums)

Vidéos :
♫ Son of the Sun
♫ Midgard
♫ The Siren of the Woods

Autres chansons pour découvrir le groupe : To Mega Therion, The Rise of Sodom and Gomorrah, Birth of Venus Illegitima, Eye of Shiva, Dark Sun, Draconian trilogy, Mark of Cain, Seawinds, Eternal Return, Deggial, Ginnungagap, Blood of Kingu, Son of the Staves of Time, 2012.

Histoire du groupe

Therion a été fondé en 1987 par le suédois Christofer Johnsson. Le nom du groupe vient de celui de la bête de l'apocalypse. A l'origine, le groupe faisait du death, mais, en 1995, Therion se lance dans quelque chose de totalement nouveau, puisqu'il commence à intégrer des éléments des musiques folk et traditionnelles dans leurs chansons. C'est ainsi que naît Theli (1996), l'un des albums fondateurs du métal symphonique (voir aussi l'article Genèse et évolution du métal symphonique).

Therion, pionnier du metal symphonique

Cependant, c'est avec des albums tels que Vovin (1998), Crowning of Atlantis (1999) et Deggial (1999) que Therion s'impose comme l'un des groupes de métal les plus créatifs et les plus originaux. Vovin est un album important car il marque l'entrée du métal symphonique dans une nouvelle phase, celle de la maturité. Dans les albums sortis avant 1998 (ceux de Therion et ceux des autres groupes) on retrouve déjà tous les éléments qui feront le succès du métal symphonique, mais c'est avec Vovin que le style se cristallise et acquiert toues ses caractéristiques : fusion entre métal et musique traditionnelle/folk/classique, importance du chant lyrique (masculin et féminin), chant en ch½ur etc.

Deux albums sortis en 2004 marquent une nouvelle étape dans l'évolution de Therion, puisque, cette fois, c'est un véritable orchestre symphonique qui participe à l'enregistrement. Il s'agit de Lemuria et de Sirius B. Ces albums sont un peu plus difficiles d'accès pour un néophyte que Vovin, par exemple, mais, de par leur profondeur et leur qualité musicale (surtout Sirius B), ils marquent la consécration de ce groupe.

Je passe sur l'album suivant, Gothic Kabbalah (2007), acclamé par certains fans, mais qui, personnellement, m'a moins convaincu que Sirius B. L'album le plus récent, Sitra Ahra (2010), a également provoqué des réactions mitigées, je ne conseillerais donc pas de commencer par celui-là, même s'il contient quelques chansons tout à fait intéressantes.

Style musical

Pour ceux qui apprécient son style, la musique de Therion est synonyme de bonheur. Si la musique des groupes comme Nightwish, Within Temptation ou Rhapsody est, disons, plus populaire, celle de Therion est, bien souvent, plus complexe. Sur le plan esthétique, ce groupe se classe parmi les virtuoses du métal, car il est passé maître dans l'art d'intégrer les éléments issus du métal et ceux issus de la musique classique et traditionnelle, en particulier les ch½urs.

Therion, pionnier du metal symphonique

La musique de Therion accorde une importance égale au chant et la mélodie. Leur autre caractéristique est de faire intervenir plusieurs vocalistes, ce qui permet de créer des effets de contraste entre chants féminins lyriques et voix masculines graves. Les chansons comme Draconian Trilogy ou Midgard en sont de bons exemples. Par contre, les grunts sont rarement utilisés chez Therion.

L'ambiance que les chansons du groupe cherchent à créer est tout à fait en phase avec les thèmes abordés, à savoir le mythologie et le fantastique. Therion est l'un des rares groupes à s'intéresser non seulement aux mythologies scandinave et celtique, mais également égyptienne, grecque, sumérienne, indou et même maya... Dans certaines chansons, ils n'hésitent même pas à chanter dans des langues anciennes, comme, par exemple, l'akkadien !

Pour se familiariser avec la musique de Therion, je recommanderais d'écouter les chansons suivantes (toutes disponibles sur YouTube) : The Siren of the Woods (lyrique/épique), To Mega Therion (l'une des plus connues), Cults of the Shadow (épique avec un côté baroque), Nightside of Eden (épique), The Rise of Sodom and Gomorrah (épique), Birth of Venus Illegitima (l'une des plus connues), Clavicula Nox (pour le côté esthétique), Eye of Shiva (lyrique), Dark Sun (épique), Draconian Trilogy (épique), Mark of Cain (épique), Seawinds (lyrique), Eternal Return (lyrique), Deggial (épique), O fortuna (néo-classique), Ginnungagap (épique), Midgard (épique, l'une de mes préférées), Blood of Kingu (épique), Son of the Sun (épique, l'une de mes préférées également), An Arrow from the Sun (épique/lyrique), Son of the Staves of Time (épique, l'une des plus connues) et 2012 (épique).

Pour les plus pressés, commencez par To Mega Therion, Son of the Sun et Son of the Staves of Time.

Après cet article élogieux, un bémol, tout de même. Ce que l'on peut apprécier, ou déplorer, suivant les goûts, c'est que Therion, malgré toute sa compétence musicale, refuse parfois de se prendre au sérieux. On a donc l'impression que, dans certaines de leurs chansons, ils se parodient eux-mêmes (c'est, notamment, le cas dans leur dernier album). Certes, ça rajoute un certain élément ludique à leur musique, mais ça compromet du coup son côté grandiose et esthétique. Il y a quand même, parfois, un petit quelque chose de « trop » ou de « pas assez » dans leur musique, et c'est bien dommage, car c'est bien ce petit quelque chose qui fait la différence entre un groupe excellent et un groupe légendaire. Espérons qu'ils corrigeront le tir dans leurs albums suivants.

Composition actuelle du groupe

Christofer Johnsson - chant, guitare
Nalle Pählsson - basse
Johan Koleberg - batterie
Thomas Vikström - chant
Snowy Shaw - chant
Lori Lewis - chant

Discographie (métal symphonique seulement)

1996 : Theli
1997 : A'arab Zaraq - Lucid Dreaming
1998 : Vovin
1999 : Crowning of Atlantis
1999 : Deggial
2001 : Secret of the Runes
2002 : Live in Midgård (live)
2004 : Lemuria
2004 : Sirius B
2007 : Gothic Kabbalah
2008 : Live Gothic (live)
2009 : The Miskolc Experience (live)
2010 : Sitra Ahra
Aden A.

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Tags : musique, groupe de rock, Therion, histoire, Antiquité, Moyen Âge, mythologie, gnosticisme, hérésie, magie, Egypte
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#Posté le jeudi 28 octobre 2010 11:50

Modifié le mercredi 01 décembre 2010 06:00

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